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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 18:32

equcipage-d-l-canadienne.jpgLa pinasse «  la Canadienne », un solide bateau de 16 mètres de longueur, armée  par des marins habitués des côtes devant Croix de Vie, pratiquait la pêche au chalut. L’équipage composé de gars du pays chalutait  dans l’ouest de l’Ile, sur des fonds que les marins nomment  la   « Carrière » et où ils allaient habituellement.

 Le  30 Mars 1941 au matin ils avaient quitté le port de Croix de Vie pour une marée de 36 heures, confiants dans l’espoir d’une marée abondante et sans histoire. Il est facile d’imaginer qu’en 1941 les prévisions météorologiques étaient très succinctes, basées plus sur l’expérience des anciens que sur des données précises. Le patron Alfred JOUBERT n’avait pas d’inquiétudes particulières quant au temps qu’il ferait le lendemain.

 A cette époque l’accès  du port était déjà fermé par une chaîne en travers de la rivière et ce, de la chute du jour à cinq heures le lendemain matin. En raison de ces contraintes imposées par l’occupant, bien des bateaux  partaient pour des marées plus longues afin de ne rentrer que le jour suivant, dès  l’ouverture du port.

Vers 21 heures, une tempête de suroît s’est brutalement levée  et les a surpris alors qu’ils étaient en pêche. D’après les marins de la «  Sainte paysanne », la mer s’est formée très vite et est devenue grosse dans la nuit. Les pinasses ont toutes pris la cape

 Ils n’étaient pas rentrés le lendemain matin comme prévu et l’anxiété s’est installée dans le port, d’autant plus que  d’autres bateaux de Croix de Vie,   « la paysanne », la « Joconde » et « La clairvoyante », qui  travaillaient dans les mêmes parages, avaient pu gagner l’abri de Port Joinville et rassurer leurs proches. L’inquiétude a très vite gagné toute la population et ce sont les îlas  qui apportèrent la triste nouvelle le 2 avril.

On suppose que l’équipage a tenté de se porter  vers l’île pour s’y mettre à l’abri. Pendant la guerre les feux qui signalent les dangers de la côte étaient tous éteints. La navigation en était que plus dangereuse. Sans repère sur la côte,  avec comme seuls outils, un compas et un plomb de sonde inutilisable par mauvais temps, sans moyens radio, les marins n’avaient pour eux que leur connaissance des lieux et une grande confiance dans la solidité de leur navire.

  On se perd en conjecture sur les raisons du naufrage. Sans doute se trouvèrent-ils déportés  par les courants et la dérive et vinrent-ils se briser sur les « Chiens Perrins ». Peut être ont-ils été victimes d’une panne de moteur, courante sur des moteurs à essence dont le carburant était plus ou moins bien filtré, qui les a faits dériver en travers des  lames jusqu’ aux redoutables récifs ? On devine leur calvaire quand, impuissants, ils se sont vus drossés vers la côte.

 Des débris en provenance de la pinasse avaient été découverts sur la côte ouest de l’Île d’Yeu. La montre du patron, que celui-ci maintenait pendue dans l’habitacle près de la barre, était encore accrochée aux fragments de bois  en provenance de la baignoire. Il n’y a pas eu de survivant.

            Cinq familles ont été endeuillées par ce naufrage. Alfred Joubert, le patron avait deux enfants, dont Georges embarqué et naufragé en même temps que lui. Il a laissé une veuve et une orpheline. Elie Chevrier, Jules Beneteau,  eux aussi étaient mariés et pères de famille. Roger Martineau, le mousse,  était le benjamin de l’équipage

Quant à Georges JOUBERT, il allait se marier. Les bans avaient été publiés, la fête programmée et toute la famille se réjouissait d’avance de cette fête qui n’aurait malheureusement  jamais lieu. Son corps fut découvert le 3 avril 1941  dans l’Anse du château avec, pas très loin de lui, le petit chien du bord,  noyé lui aussi.

      Quelques jours plus tard la mer rejetait sur la côte de l’île d’Yeu les corps  d’ Elie CHEVRIER, de BRAUD Lucien et de Jules BENETEAU.

            Ce n’est qu’un mois et demi plus tard que le corps d’Alfred JOUBERT fut découvert porté par les courants sur une plage de Bretignolles. C’est par la ceinture de flanelle portant ses initiales que fut formellement reconnu par les proches éplorés, le corps très abîmé du marin. Le corps de Roger Martineau fut retrouvé à Brétignolles quelques jours après le patron Joubert.

 

En raison de l’émotion  suscitée par ce naufrage, la préfecture de Vendée et le secours national avaient alors décidé de venir immédiatement en aide aux familles.

             Tant d’années après, le souvenir de ce drame est encore présent dans la mémoire  collective des vieux Gilocruxiens.

            Certes le port de Croix de Vie a connu bien des naufrages, d’autres drames de la mer, mais  celui-ci, par le nombre de familles endeuillées et les circonstances liées à l’occupation, a marqué profondément la population maritime du pays.

            Concorde, qui avait évoqué en 2007 le naufrage du «  Berger de l’Océan » survenu cinquante ans plus tôt, se devait de rappeler celui-ci.

 

Par giras
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Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 15:35

A la fin de la guerre, quelques bateaux de Croix de Vie se joignirent aux îlais de Port Joinville pour traquer le thon. C’était une pêche toute nouvelle pour eux, habitués des filets droits qui piègent la sardine, la spécialité du port. Cette nouvelle pêche  entraîna la modification des carènes. Déjà, à cette époque, les chantiers BENETEAU et THOMAZEAU installés à Croix de Vie, possédaient une solide réputation de constructeurs. A eu deux, Ils avaient  dessiné et construit pratiquement toutes les coques, principalement les pinasses inspirées des bateaux du bassin d’Arcachon, qui peuplent le port.

      Pour être « pêchantes » en traînant les lignes, la forme des coques  doit offrir une parfaite pénétration dans les flots. L’écoulement des filets d’eau doit se faire  avec la plus grande fluidité possible, sans générer de remous parasites. Le dessin de la coque, les dimensions, la position et la forme de l’hélice sont prépondérants.  Le  thon  qui est un animal très méfiant, très capricieux, est attentif aux bruits et remous intempestifs. Une mauvaise assiette du navire, un bruit d’hélice ou d’injecteur mal réglé le fait fuir ou bien il mord mal, du «  bout du bec » comme disent les marins.

 Les bateaux construits par Bénéteau étaient particulièrement « pêchants » et les thoniers des Giras ont vite damné le pion aux marins Sablais, quant aux quantités débarquées. Pour illustrer la méfiance du poisson, Maurice CHEVRIER qui a navigué sur le « RAYMOND MARTINE « N°1 » me disait que si, au cours de la pêche ils chargeaient sur l’avant, les captures se raréfiaient et devenaient nulles. Pour retrouver la pêche, il suffisait de déplacer quelques charges vers l’arrière et le thon à nouveau mordait «  à toutes lignes ». Même de façon infime, la répartition des charges influait sur l’écoulement des filets d’eau le long de la coque. Il fallait constamment en tenir compte. Sur le «  RAYMOND MARTINE », deuxième du nom, les réactions du bateau étaient l’inverse de celles de son prédécesseur. Il y avait lieu d’être attentif à tout, tout surveiller. Des patrons devinrent célèbres pour les résultats qu’ils obtinrent grâce à l’observation  des éléments, de la température de l’eau, des réactions du poisson ou de ses habitudes. Le poisson apprend vite ; Robert RENOU qui a pratiqué la pêche à l’appât vivant, me racontait qu’au début les thons mordaient le long du bord, puis il fallut utiliser des cannes, brouiller l’eau par des jets puissants et même utiliser des cannes à lancer. Il a vu des thons, qui d’un coup de queue, détachait la sardine de l’hameçon et permettait à un autre poisson de se régaler sans danger. Si un thon mal pris se détachait de l’hameçon et regagnait la matte, la pêche s’interrompait ou devenait plus rare.

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Fruits d’une longue expérience, les bateaux se ressemblaient tous plus ou moins. Des coques bien adaptées aux houles longues de l’Atlantique, une tonture plus prononcée, un cul carré, rond pointu ou en « cul de poule » faisaient la différence. A part les dimensions et le tonnage, rien qu’en regardant une coque, on pouvait dire - «  Celui-ci, c’est BENETEAU qui l’a fait », ou bien,  «  C’est un de chez THOMAZEAU ! »

 

    La couleur des carènes et des superstructures apportait la note personnalisée. Mais pas n’importe quelle couleur ! Ainsi, Roger DRIEZ préférait la couleur bleue, le blanc provoquant d’après lui trop de reflets sur l’eau, ce qui à cause du roulis sur le miroir de la mer, chassaient les thons. Dans la pêche à l’appât vivant pratiquée par Roger, le bateau était stoppé et l’eau en surface constamment brouillée par une pluie artificielle. Pourtant, le « RAYMOND MARTINE », réputé fin pêcheur était de couleur blanche, mais il est vrai qu’il ne travaillait pas dans les mêmes conditions, lui  il traînait les lignes.

 

le poste arrière du raymond martine

              Après les pinasses, utilisées pour la pêche à la sardine, les formes des embarcations ont du évoluer: Elles ne répondaient plus à cette pêche à la ligne traînante. Les bateaux allant plus loin et plus longtemps en mer, il fallait en augmenter les dimensions afin d’aménager une glacière et des locaux pour l’équipage.  L’édification d’un abri de navigation (la passerelle), où trône  la barre à roue qui a remplacé l’antique barre franche, apportait un élément de confort inconnu jusqu’alors. Certains abris étaient construits en bois, d’autres en fer, d’aucuns surélevés, mais tous précédaient  un local  abritant la cuisine, le volumineux poste radio, une table à cartes, un coin pour les ranger ainsi que les signaux, les fusées etc…La trappe qui permettait l’accès au moteur s’ouvrait dans le plancher de la passerelle. Dans le sol de la cuisine, une autre trappe ouvrait l’accès au logement de l’équipage. Le confort était spartiate. L’humidité latente. Ce n’est que bien plus tard que, grâce au circuit de refroidissement du moteur, un système de chauffage pu être installé dans le poste.

 

    J’ai pu, grâce à feu André BENETEAU, photocopier le cahier d’écolier sur lequel son père inscrivait les dates de lancement, le tonnage, le nom du propriétaire et le nom du navire. Le cahier a été ouvert le 26 janvier 1959. Auparavant, les noms des bateaux et la date du lancement étaient consignés sur des planches qui garnissaient les parois de l’atelier.

Cette année là, 16 navires furent construits, dont « Alain Annick » 42 Tx pour le patron André Pénard et «  Astérix », 43 Tx 60 pour Boulanger  Claude. De 1960 à 1969, une quinzaine de bateaux de tailles très diverses, dont « L’Océan des Tempêtes » le 10 janvier 1967, ont été mis à l’eau.

Auparavant bien d’autres navires ont été construits, mais les dates de lancement et autres renseignements ont disparus quand le chantier fut abandonné. Ils restent présents dans la mémoire des anciens qui ont navigué dessus ou de conserve avec eux. Ainsi, «  la Passagère », dont la facture établie le 24 septembre 1932,  par André BENETEAU pour la construction d’une pinasse de 13 mètres au profit de monsieur LIMBOURS  Francis, m’a été donnée par Jean Claude RAGONIT, petit-fils  du marin.  

   Une première somme de 3000 francs, à valoir sur un total de 13.500 francs, fut versée le jour du lancement. Le solde fut réglé le 30 novembre 1934 en plusieurs années, des fractions variables en fonction de la campagne de pêche à la sardine,

    Le cahier de monsieur BENETEAU ouvert en 1959, est clos en avril 1970 avec la construction de «  AU GRE DES FLOTS » une pinasse de 2,51 tonneaux, pour le compte de MOINARD  Gaston.

La pêche :

 

   Au temps de thoniers, quand la belle saison arrivait, les chalutiers se transformaient. Les fermes et le treuil utilisés pour la traction du chalut étaient débarqués. Les deux tangons latéraux mis en place avec les drisses qui en permettent le relevage.

    Sur chacun des tangons cinq à six lignes étaient grées. Les deux plus courtes étaient plombées. La « première », trente brasses environ, la plus éloignée du bord.  Venaient ensuite, le « grand sauteur », une ligne plombée par une chaîne, la « deuxième » vingt brasses, le «  petit sauteur » lui aussi plombé, et la   « troisième », qui se trouvait être la plus près du bord. Chaque ligne était pourvue d’un hale à bord  pour amener la prise le long du pavois. Depuis le sommet du mât arrière, « la Sabaille » ou « grand courrier » traînait loin derrière, dans le sillage. Sur le tableau arrière, de part et d’autre, figuraient « le bonhomme », la « bonne femme ». Puis une ligne au centre, «le courrier ». Enfin, une dernière ligne de quatre brasses plombée, que les marins nommaient « la M….. ».

 

 Sur chacune de ces lignes était fixé un gros hameçon double sans ardillon. Comme leurre, certains utilisaient des filasses effilochées, de teintes différentes selon, le temps, la couleur de l’eau ou la réaction du thon. La filasse a remplacé les barbes de maïs utilisées au début. Chacun avait ses habitudes et ses astuces pour fabriquer des leurres performants.

 

Depuis que l’on traque le thon, la pêche a lieu de jour, mais les journées sont longues à la bonne saison. Elle commence au printemps très au Sud du golfe de Gascogne, entre l’Espagne et les Açores (Autour des 40 degrés Nord et 15 à 18 degrés Ouest). Les mattes de thons blancs (Ou germons) se déplacent  en même temps que le Gulf Stream  et remontent rapidement vers le Nord. Des conditions thermiques  particulières sont  réunies (entre 16 et 18°) sur les bords du plateau continental où le plancton est très abondant. Les thons y trouvent la nourriture que leur procurent les bancs de sardines ou d’anchois dont ils sont friands. Des relevés de température de l’eau ont été effectués par André PENARD, auquel « Ifremer » avait confié un appareil enregistreur.  Il notait en plus chaque jour, la taille des thons en fonction du relevé. Ces conditions optimales se retrouvent en Septembre aux abords du plateau situé dans le Suroît de l’Irlande, sur « la Petite » et « la Grande sole ». Dans ces régions soumises à l’action du vent et des courants, les dépressions sont nombreuses et le mauvais temps fréquent. Le 18 septembre 1930, une tempête de suroît décima 28 bateaux dont 26 se perdirent corps et biens.

 

Le 23 Septembre 1957, « Le Berger de l’Océan », du port de Croix de Vie, un bateau construit par BENETEAU, déplaçant 40 tonneaux pour 16 m 50 de longueur hors tout et 4 m 90 de largeur, bien dessiné avec son arrière en cul de poule, fut pris dans une violente tempête qui sévissait dans le Sud de l’Irlande. Sous l’action d’une vague, le bateau chavira et fit un tour complet avant de se retrouver dans ses lignes. Le patron, Marcel CORNEVIN fut emporté avec la passerelle par une mer en furie. Son corps ne fut jamais retrouvé. Un des rescapés, AOUSTIN Roland, ne dut son salut qu’à la solidité de son vêtement de mer qui resta accroché à une ferraille du pont.

 

Dès les beaux jours, chacun se préparait. Le port bruissait d’une activité particulière. Les coques étaient repeintes, les tangons dressés, les vivres embarqués. Un peu de viande fraîche, des rôtis de porc enrobés dans le saindoux enfermés dans des boîtes en fer blanc, étaient stockés dans la glacière. Du pain, cuit spécialement pour que la croûte soit plus épaisse que celle d’un pain normal et se conserve plus longtemps, quelques légumes qui permettaient de confectionner des soupes, tout au moins dans les premiers jours de la campagne, des pommes de terre,  des oignons, du riz et des pâtes, entreposés dans la cambuse. Chaque matelot emportait son vin. Il  importait pour l’équipage d’avoir à bord un bon cuisinier. Sur le « Raymond  Martine », les marins avaient choisi en leur sein, René BENETEAU qui cumulait les fonctions de mécanicien et s’est révélé être un excellent cuisinier. Au bout de quelques jours, les vivres frais étant épuisés, le thon qui commençait à mordre, était accommodé à toutes les sauces. Mais très vite, les hommes se lassaient de ce menu. Alors, lorsqu’ils parvenaient à capturer d’autres espèces, voire piquer un  marsouin dégusté sous forme de beefsteak, ils ne s’en privaient pas !

 

Dès la sortie du port, les tangons étaient débordés, au besoin, les voiles établies. Elles servaient surtout à appuyer le bateau sur le vent et à limiter ainsi le roulis amplifié par le poids des tangons largement écartés. Le confort de l’équipage s’en trouvait amélioré. Toute la flottille voguait vers le sud à la rencontre du poisson qu’il faudra parfois rechercher de longs jours avant de mettre en pêche.

 

Dès 1950, l’apparition du sondeur à bandes et les moyens radiotéléphoniques ont  profondément amélioré la traque du poisson et la sécurité des marins. Le trafic radiophonique s’effectuait alors dans la bande des 2000 KHZ. A terre, toutes les familles possédaient un récepteur susceptible de capter la bande réservée aux chalutiers. Chaque jour, les bateaux était nommément appelés  par les stations St NAZAIRE RADIO, LE CONQUET RADIO ou SAINT LYS RADIO. Chacun répondait à son tour. « Tout va bien à bord ! ».. « .En pêche » !... «  En cape ! »..Le dimanche, bien que l’usage des ondes soit réglementé, des amateurs s’essayaient à pousser la chansonnette.

J’ai souvenir, un dimanche où j’étais de veille radio à Rouen, avoir entendu un inconnu chanter la Chanson des Blés d’Or dans le grand silence de la mer. Ces moments de convivialité ont disparu avec l’avènement des moyens électroniques et les liaisons par satellites.

 

Les voix des opérateurs  de stations à terre étaient familières. Elles rassuraient les proches restés à la maison.  A bord, la radio était constamment en veille. On parlait peu sur les ondes sauf pour ce plaindre de ce que la pêche était mauvaise. Jamais un patron n’aurait annoncé à tous qu’il avait trouvé la matte. Pour aviser un collègue il utilisait des mots convenus. Le cadre du radiogoniomètre pouvait aider les curieux à localiser le veinard trop bavard. Quand on capte une seule émission on ne connaît que sa direction et le système de lever de doute qui équipait certains thoniers en permettait de déterminer l’azimut. Comme tout le monde pêchait à peu près dans les mêmes coins, ça suffisait pour avoir une idée de sa position.

 

Fin avril, l’importante flottille de thoniers était présente sur les lieux de pêche. Les Espagnols et  les Basques arrivaient toujours les premiers. Début Juin Les Vendéens et les Bretons les rejoignaient. A cette époque de l’année, l’eau de surface dont la salinité a augmenté s’est réchauffée et elle atteint 16°à 18°. Ce sont les températures qu’affectionne le thon qui navigue en troupes serrées et rapides. Il est particulièrement vorace, tout ce qui bouge, brille, se meut en surface capte son attention. La couleur de l’eau  change lorsque le thon est dans les parages.

 

Dès le lever du jour, tout le monde se mettait en  veille à l’affût des mouvements insolites, des vols d’oiseaux marins et des rapides éclairs d’argent qui rayent la surface de l’eau, des orphies  qui tentent d’échapper aux thons. Le vol rapide des « dadins » frôlant la houle, les « grands guillous » plongeant sur les bancs de sardines ou d’anchois, toute une agitation frénétique indiquant que le poisson  « travaille ».

 Quand la mer est très calme, quand elle est« crémée » comme disent les marins, les thons qui se déplacent tout près de la surface provoquent des petites ridules qui indiquent leur présence. Ce sont les « barbaillas » des marins basques, la « matte » des marins vendéens.

Dès ces instants, la vitesse était réduite à 5 nœuds. Les lignes se tendaient sous le poids de la prise !... « Première sous le vent » ! « Le grand sauteur » !

Les marins se précipitaient  aux cargues, embraquaient les hales à bord d’un ample et rapide mouvement des poignets et faisaient sauter les thons sur le pont. Gare à ne pas mêler les lignes. Il n’y avait pas de temps à perdre ! Le poisson  mordait à « toutes lignes ».Le poisson était tué immédiatement d’un coup de poinçon dans la petite tache blanche qui se trouve entre les deux yeux. Fendu, éviscéré, il était rapidement descendu dans la cale et glacé.

 

 A la nuit tombante les lignes étaient carguées et lovées sur le pont. L’activité s’achevait car c’est à ce moment là que le thon regagne les profondeurs pour y passer la nuit. Seules restaient en pêche une ou deux ligne du couronnement (le courrier, la M.. ) pour capturer  d’autres espèces qui venaient  améliorer le menu de l’équipage.

En juin, les thoniers vendéens étaient en face de la côte de Cantabrique. En juillet, ils étaient au large des Sables d’Olonne, en août et septembre dans le suroît de l’Irlande. 

Parfois les hirondelles de mer, que les marins d’ici appellent les «  sataniques », viennent  voleter dans le sillage, au ras de l’eau, rapides, sans jamais se poser vraiment, les ailes tendues bien verticalement vers le ciel sans jamais les mouiller, même quand elles se  fixent pour ramasser de minuscules débris. Elles reprennent leur vol zigzaguant, se jouant des vagues. Elles annoncent le mauvais temps disent les marins. Le vent se lève, le «  Ringue » se forme, les embruns viennent fouetter la passerelle. C’est le coup de vent !

 

Quand le vent qui force passe au S.W, le baromètre chute rapidement. La mer se creuse. Les grains deviennent de plus en plus fréquents.  Dans ce cas là c’était le moment de mettre en cape. Les « marées de cabane » commençaient ainsi ! Le pont était déserté, seuls restaient en haut, le patron et l’homme de barre. Le reste de l’équipage était calfeutré dans le poste. Ces bateaux,   qui en général mesuraient moins de 20m, devenaient vite le jouet des flots. Ils craquaient, gémissaient, cognaient dans les lames, s’ébrouaient bruyamment. Tout ce qui n’était pas saisi solidement se déplaçait au grès du roulis. Il fallait attendre le retour au calme.

 

Tous les vieux marins que j’ai écouté raconter leurs souvenirs ont aimé passionnément cette pêche. Ils en parlent toujours avec beaucoup de nostalgie. Ils sont intarissables. Les patrons thoniers de cette époque sont maintenant octogénaires ou bien ils  continuent à voguer au paradis des marins, avec leurs bateaux, lesquels ont terminé leur vie sous les coups de boutoir d’une pelleteuse ou dans un port africain, au fond d’une darse.

 

 

 

 

Par giras
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Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 14:55

le-dock-2.jpg

En 1945, l’Allemagne a concédé à la France, au titre des dommages de guerre, un dock flottant de grande capacité. (40.000 tonnes). Après quelques difficultés relatives aux imposantes dimensions de l’engin et ce, grâce à un temps relativement clément, une première partie de ce dock coupé en deux tronçons avait rejoint Cherbourg en Novembre 1947.

 

Le 31 Décembre de cette même année, la seconde partie de cet engin appareillait de Hambourg tractée par les remorqueurs de la marine nationale « HIPPOPOTAME » (1200 c.v) « MAMOUTH (1800 c.v), « IMPLACABLE » (1200 c.v), « INFATIGABLE » (1300cV).

 Le « HUEL GOAT » qui, de part et d’autres du dock, assurait les manœuvres d’évitement.

 

            L’officier en chef des équipages LECHOUX était responsable de l’ensemble.

 

Le «  LANSQUENET », un patrouilleur côtier (PC) cédé par les américains, assurait l’ouverture de route et la couverture militaire du convoi. Il était le seul à posséder un Radar.

 

Cette moitié de dock, longue de 125 m, large de 47 m et haute de 18, aussi haute qu’un immeuble de six étages, offrait un fardage très important. Ce ne fut pas une mince affaire que de tirer cette masse, d’abord dans l’Elbe, puis jusqu’au port de Cherbourg en cette période de l’année où le mauvais temps s’installe toujours.

Le tirant d’air de cette immense voilure imposait des efforts démesurés pour des remorqueurs qui étaient loin d’avoir la puissance requise pour cette mission. En outre, pour compenser la brise de suroit qui sévissait, ils naviguaient dépalés pour maintenir l’engin indocile dans le chenal. Nous étions en route depuis 12 h 30, lorsque vers 21 h 30 et que la neige tombait, le « MAMOUTH » talonnait et s’échouait sur un banc de vase. Le dock porté par le jusant, passait seulement à quelques mètres du bateau échoué et poursuivait sa descente vers l’embouchure. La remorque de l’ « HIPPOPOTAME » passait sous le bateau, déchirait le pavois et se brisait d’un coup sec. Par bonheur, la remorque du « MAMOUTH » avait tenu et l’équipage du dock, en catastrophe, réussissait à mouiller une ancre.

 

La marée continuant à baisser, le « MAMOUTH » toujours enchaîné au dock, prenait 15 à 20 degrés de gîte et s’appuyait sur l’ « HIPPOPOTAME », son frère de misère. Vers 2 heures du matin le flot montant remettait le remorqueur d’aplomb et le convoi reprenait sa route dans le brouillard qui succédait à la neige. Vers 4 heures du matin il fallut stopper devant Fribourg et le convoi resta bloqué quatre longs jours, soit jusqu’au 5 Janvier où la brume fut chassée par la tempête. Vers 21 heures, le mauvais temps  tourna à l’ouragan. La chaîne d’ancre du dock cassait au niveau de l’écubier et le monstre partait en dérive. De toute leur puissance, les remorqueurs tentaient vainement d’étaler cette dérive qui entraînait l’ensemble dans le lit du vent. L’ingénieur, commandant l’équipage du dock, faisait ouvrir les vannes des ballasts et la bête enfin domptée se posait sur le fond. Nous étions en face du phare d’Hallerverthen. Tout le convoi fit demi-tour pour regagner Hambourg afin de vérifier les dégâts sur le dock.

 

Le second départ eu lieu le 24 janvier 1948 et la descente de l’Elbe se fit sans histoire. Le 25 au matin nous étions au large de Cuxaven avec des remorques  de 400 mètres établies.

Il s’agissait de remorques en chanvre lesquelles n’ont rien à voir avec les remorques actuelles,   moins lourdes mais aussi plus résistantes. Roulant bord sur bord, le « LANSQUENET » ouvrait la route, mangé par la mer, souffrant terriblement dans le mauvais temps qui continuait à sévir. Dans ces années d’après guerre, les remorqueurs étaient équipés de moyens radios disparates récupérés sur les navires allemands.  Sur l’ « Hippopotame », nous disposions d’un récepteur à réaction très sensible provenant d’un sous marin. A cause de la dynamo, entraînée par la vapeur, les 110 volts continus du bord étaient soumis aux aléas très fluctuants de la pression. Le fonctionnement  du récepteur en était perturbé. Il « décrochait » constamment, rendant pénible la réception des signaux morses. Entre remorqueurs, la liaison s’effectuait en radiotéléphonie. A bord il existait encore, sur l’onde 500khz, un poste émetteur à éclateurs datant de 1905.  Sur le dock il n’y avait pas de moyens radioélectriques. Il communiquait pas signaux à bras ou flottants.

 

 Le 27, le « HUEL GOAT » en avarie de barre, était remplacé par l’ « OBSTINE » et l’ « ELEPHANT » (2000 cV) ralliait le convoi.

 

Au large des côtes allemandes la progression continuait vers le Sud, dans des chenaux étroits pratiqués dans les champs de mines pas encore complètement nettoyés. Jusqu’au 28 Janvier, le convoi s’est traîné à trois nœuds.

            Le « LANSQUENET » allant de bouées en bouées, relevait le convoi au radar puis en phonie renseignait l’officier des équipages LECHOUX, chef de convoi sur la position des bouées jalonnant les champs de mines.

 

Dans la nuit du 28 au 29, la mer s’est creusée et le dock s’est mit à tanguer, à embarquer terriblement. Drossé par le vent, il s’est mis en travers des remorques et à  reculer, entraînant derrière lui  les remorqueurs qui luttaient vainement. Tout le convoi remontait vers le nord en marche arrière. Pour calmer la « bête » récalcitrante, l’ingénieur le  coulait de quelques mètres en remplissant les ballasts. Il devenait moins volage et le  convoi se réfugiait en rade de Dungenès, sur les côtes anglaises.

 

Dans la nuit du 30 au 31 janvier, dans un grain, un cargo hollandais vint mouiller près du dock pour  s’y mettre un peu à l’abri. Mais terrorisé par cet immense tas de ferraille qui bougeait et le menaçait, il filait sa chaîne d’ancre par le bout et appareillait en catastrophe.

 

Vers deux heures du matin, les deux lignes de remorques venaient en travers et le dock mouillait une ancre. Le « LANSQUENET » mangé par la mer se réfugiait à Douvres. Le « MAMOUTH » et l’ « INFATIGABLE » partaient à Boulogne pour ravitailler en charbon. Le 31 Janvier au matin, la chaîne d’ancre du dock se brisait au ras de l’écubier. Le premier Février, la seconde chaîne du dock se brisait à son tour- deux ancres au fond en quelques heures. Le « HUEL GOAT » de retour, réussissait à passer une haussière vers l’équipage du dock et étalait tant bien que mal. Le 2 Févier la tempête redoublait de violence et la situation devenait intenable, tant sur le dock que sur les remorqueurs.

 

La gabare, « LA VICTORIEUSE », parvenait à passer au dock une ancre de 6 tonnes et 4 maillons  puis, le temps molissant, le convoi repartait.

 

L’attelage était ainsi constitué ; sur une ligne, « HUEL GOAT », « INFATIGABLE », et « HIPPOPOTAME » et sur l’autre ligne, « LA TARENTULE », « L’IMPLACABLE » et le « MAMOUTH ». En queue de convoi, « L’ELEPHANT ». Le 5 Février, les treuils de « L’IMPLACABLE » et de «  l’HIPPOPOTAME » cassaient. Celui de « l’INFATIGABLE » tombait en avarie. Avec des moyens de fortune, les boscos  réparaient et, vers 13 heures, c’était la remorque du « MAMOUTH » qui cassait à son tour. Le dock n’était plus remorqué que par l’ « HIPPOPOTAME » et l’ « IMPLACABLE ». La dérive vers l’Est s’amorçait et s’amplifiait. Nous n’étions plus maîtres de la manœuvre. Le dock, en réglant les ballasts, prenait 4 mètres de plus en tirant d’eau pour se ralentir.  L’ « ELEPHANT » tentait de lui passer une remorque. Tout près du dock qui embarde et menace à tous moments de lui défoncer la coque– il a fallu aux boscos 3 heures pour réussir à passer l’haussière neuve. Pour réorganiser le convoi, L’ « OBSTINE » et sa remorque passaient devant l’ « ELEPHANT »

 Le convoi pouvait se diriger sur SAINT VAST LA HOUGUE où il mouillait le 7 Février 1948 dans la matinée.

 

Deux jours plus tard, après un grain violent, le convoi mouillait en rade de CHERBOURGle-dock.jpg

Enfin le deuxième tronçon avait rejoint l’autre portion du dock pour reconstituer l’ensemble – un dock de 250 mètres de longueur susceptible de supporter le cuirassé « RICHELIEU ».

 

 

Par giras
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Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /Juin /2009 10:16

Si les marins se promènent en mer comme dans un jardin dont ils connaissent chacun des fonds, imaginons la somme d'efforts qu'ils ont du déployer au fil du temps pour trouver, repérer la position et cataloguer la côte. Des générations s'y sont employées. Outre la cartographie qui figure sur les cartes marines, il y a celle locale où les fonds ont été baptisés par les marins du cru.
Dans la recherche du poisson, dont ils connaissent les habitudes, selon qu'il préfère les fonds de sable ou de vase, la roche ou les fonds « mêlés » de gravier et de madrépores, c'est par la ligne de sonde, dont le nombre de brasses est repéré et la base suifée du plomb, que les sédiments sont reconnus. Ici on pêchera des merlans, des lieux ou des soles, là des crustacés, à cet endroit on pourra draguer sans risque de croches
Pour retrouver le point, jusqu'à une dizaine de milles au large, on peut se fier aux amers quand la visibilité est bonne. Autrement, il faut déterminer un cap, montre gousset en main, naviguer à l'estime en fonction de la vitesse. Pas facile du temps des bateaux de pêche à voile, un peu plus aisé avec un moteur. En tous cas ils l'ont fait et aujourd'hui, grâce au G.P.S on va directement dans les « deuxièmes vases », « dans le cul de sac » ou sur la roche de « l'encornât » au large de Saint Gilles Croix de Vie.
J'ai un ami, Maurice, le fils d' Israël CHEVRIER, l'homme qui fit construire en 1942 par le chantier THOMASEAU, un petit voilier qu'il baptisa au nez et à la barbe de l'occupant « Hope », Espoir....C'est lui, Maurice, qui me raconte la mer telle qu'il l'a vécue depuis sa plus tendre enfance. C'est lui aussi qui m'a raconté la pêche aux thons à bord du  "Raymond Martine », les journées de mauvais temps, la cape courante ou la fuite devant la tempête.

Le «Hope» est donc né sur les bords de la Vie,dans le chantier Thomazeau aujourd'hui disparu. La coque, qui mesure 9 m 84 de longueur de pont, pour 14 m de longueur hors tout, en a été dessinée pour en faire un bateau de travail, suffisamment large (3 m74) pour y œuvrer à l'aise, embarquer des casiers à homard ou autre. La voile aurique, avec un foc une trinquette et une voile de flèche, en assurent la propulsion. En ces temps d'occupation allemande, il était plus facile de trouver du vent que de l'essence pour faire tourner le moteur auxiliaire. Toujours à cause de l'occupant, il n' y a pas eu de baptême du navire. Celui ci a été mis à l'eau sans cérémonie. Pour le gréer c'est un sapin, à peu près rectiligne, trouvé dans la forêt de Saint Hilaire qui fit office de mât. Enfin le bateau fut armé. Le père CHEVRIER n'avait qu'une hâte, élargir ! L'armée allemande occupait Croix de Vie et la kommandantur était un point de passage obligé pour sortir vers le large. Le port était déclaré ouvert dès cinq heures du matin. Il était fermé par une chaîne en travers de la rivière dès que le soir tombait. Sous la surveillance des douaniers et des marins allemands, les bateaux devaient faire signer leur carnet avant le départ, puis accoster le ponton mouillé dans la rivière la Vie pour y subir la fouille. Tous les bateaux devaient être rentrés au port à la nuit tombée. Les retardataires risquaient de se faire tirer dessus s'ils se pointaient au-delà de l'heure de fermeture. De même, les marins n'avaient pas le droit de naviguer trop près de la côte. Des contraintes appliquées en 1944 sans trop de sévérité par les douaniers allemands, mais il y eu un ou deux jeunes types zélés qui furent vite repérés par les marins. La pêche était contrôlée et les quantités de poissons débarquées, notées chaque jour sur le carnet. Les marins giras cachaient la teneur exacte de leurs prises et les déclarations étaient souvent fantaisistes. Les allemands, de vieux réservistes dont des marins pêcheurs de la Baltique, n'étaient pas dupes. Ils disaient en riant, devant le peu de poissons déclaré, « Vous monsieur, aujourd'hui faire beaucoup promenade !

Vint le jour où le « Hope » fut prêt au départ, casiers à poste parés à être mouillés mais le précieux carnet n'était pas là. Il devait être délivré par la kommandantur des Sables d'Olonne. C'est donc Maurice, sur un vieux vélo, qui a été quérir le document auprès des autorités allemandes des Sables d'olonne. Dès son retour, le bateau appareillait pour sa première marée. Le père Israël CHEVRIER était un fin manœuvrier. Sur les fonds repérés, mouiller les casiers au bon endroit en n'utilisant que les voiles demande déjà de l'expérience. Les relever sous voile, en se plaçant sous le vent de la bouée pour saisir la hampe du pavillon, haler sur l'orin sans que celui-ci ne frotte sur la coque (ça faisait fuir les homards, disait-il) était autrement difficile compte tenu du vent, des courants, etc..... L'équipage, composé du père et de ses deux fils, était rodé et très performant dans la navigation et la quête de crustacés. Tous les trois ont usé beaucoup de suif pour graisser leur plomb de sonde et reconnaître leurs points de pêche, mais ils connaissaient tous les fonds entre l'île d'Yeu, St Jean des Monts et Bretignolles. A cette époque, il y avait abondance et parfois cinq homards gigotaient dans le casier plus un qui était resté perché sur le dessus et cherchaot à entrer dans le casier. Il se serait échappé si l'orin avait quelque peu touché la coque, imprimant des vibrations que la bête aurait vite interprétées. Le gréement restait fragile. Le père Ismaël n'avait que peu confiance en ce sapin qui faisait figure de mât. Aussi, quand Maurice pressé de rentrer au port demandait « On envoie la trinquette ? » le père, prudent, refusait en invoquant la fragilité du gréement.


Les marins étaient impatients de prendre la mer mais devaient respecter le couvre-feu. Les allemands n'étaient pas toujours ponctuels pour l'ouverture du port. Aussi, les équipages se cachaient-ils à proximité dans les haies alentours pour embarquer dès que l'interdiction serait levée.
Dans la nuit du 15 août 1944, les navires anglais attaquèrent devant Bretignolles, le forceur de blocus « Tellus » (sperrbrecher SB157) accompagné par les dragueurs M 385, M 275, et d'un petit pétrolier, le « Banka ». Le combat commencé à 5 h s'est terminé à 8 heures 30 et tous les bateaux ont été coulés ou se sont échoués. Le « Banka » a brûlé sur la côte de Sion, le «Tellus » s'est échoué en feu devant la Parée de Bretignoles.  Les dragueurs se sont échoués devant St Gilles et le Marais Girard. Dès les premières heures du combat, les allemands sont venus réveiller le père Israël Chevrier, patron du canot de sauvetage de st gilles croix de vie. Le canot requis s'est porté au secours des naufragés. Les obus anglais pleuvaient sur cette petite flotte acculée à la côte, mais le père CHEVRIER avait envoyer un grand pavillon  français à la poupe du bateau de sauvetage, une protection bien éphémère pour lui et son équipage. Toute la population était en émoi. Réveillés par la canonnade et par les fusées éclairantes anglaises, les habitants ont cru à un débarquement allié et de nombreuses familles se sont enfuies vers les marais pour y trouver refuge. Inquiets pour leurs bateaux, de nombreux marins s'étaient réunis sur le port. Les allemands en bloquèrent les accès et exigèrent les papiers des hommes présents.
Tous les marins furent contraints d'embarquer sur huit des pinasses du port (dont la « Vigilante ») pour, eux aussi, se rendre sur les lieux du naufrage et participer au sauvetage. Des soldats allemands en armes étaient embarqués sur les bateaux de pêche et accompagnaient les marins Giras. Maurice a été requis et c'est l'un des souvenirs de ses 17 ans, avec le trajet Croix de vie-Les sables sur un vélo en mauvais état. Il se souvient d'avoir vu le « Tellus » en flammes, couler devant la Parée de Bretignolles. Il se souvient aussi d'avoir ramassé sur l'eau de nombreux documents que l'équipage remis aux autorités. Les marins allemands des dragueurs étaient transbordés à terre à la Sauzaie par les pinasses, heureux d'être saufs mais les gendarmes allemands postés à terre les faisaient  immédiatement réembarquer. Ce sont encore les pinasses qui se chargèrent de ce travail. Après cette opération, le père CHEVRIER fut convoqué à la kommandantur où il reçu les félicitations du commandement. La convocation dans cet endroit redouté n'avait rien de rassurant. Il n'en menait pas large mais fut bien vite rassuré. Il avait fait son devoir de patron de canot dans le fracas des canons et les obus qui tombaient sur la côte. Il n'en tirait pas gloriole.
A Bretignolles, le pays était en émoi. Cinq bretignolais et leurs chevaux avaient été réquisitionnés dans l'après midi du 14 Août pour conduire du matériel aux Sables d'Olonne. Ils étaient accompagnés par un sous-officier et quatre soldats. Régis FRUCHARD s'est souvenu de ce moment de l'occupation où les allemands se montraient particulièrement nerveux et l'a relaté dans un article consacré à l'occupation de Bretignolles..
Le 20 septembre à 19 h 40, deux chalutiers armés allemands ont été pris à partie par l'aviation anglaise alors qu'ils sortaient du port des Sables d'Olonne. Ils transportaient des naufragés du « tellus » du « Banka » et des deux dragueurs coulés devant Bretignolles. Les deux navires coulèrent après avoir été incendiés par les avions. De nombreux soldats ont été  tués et leurs cadavres sont venus s'échouer sur la côte
Fin septembre, les allemands évacuaient la région et les activités reprirent  très vite.
Le « Hope » a continué de naviguer à la pêche jusque dans les années 1960. Propriété de la ville de Saint Gilles Croix de Vie depuis le 5 décembre 1988, il est inscrit aujourd'hui au patrimoine maritime de la Vendée.

 

Nota:

  . Un canot de sauvetage de la station de Saint Gilles Croix de Vie a porté le nom  "ISRAEL CHEVRIER".

 

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Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /Mai /2009 09:43
Parmi les pêcheurs fameux, il y avait les frères Lelièvre . Ici l'image du bateau de Joseph

" Ma caravelle" en pêche au filet tournant. Remarquer le " power-bloc" à l'arrière.
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Samedi 16 mai 2009 6 16 /05 /Mai /2009 09:26
Voici  " Belle bretagne" en pêche























" Belle Bretagne" , au patron GROISARD que tout le monde appelait " Chargeur" . A cette époque, tous les marins avaient un surnom, quelquefois gentil, mais aussi méchant, voire très méchant. Surnom empruntés à l'histoire pour " charlemagne" ou " louis xv", aux animaux pour le Chat' et  de quoi écrire un livre car il y eut jusqu'à 125 bateaux dans le port.
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Mardi 12 mai 2009 2 12 /05 /Mai /2009 15:42
Longtemps les pêcheurs vendéens ont traqu é le poisson bl eu, sardines ou anchois, à l'aide du filet droit. Ce sont des arabes qui ,au moyen  âge, chassés par les espagnols  et venus s'installer aux Sables d'Olonnes, qui ont initié les Sablais et les Giras à la technique de la pêche au "manet", (ou filet droit).
Ce filet, d' une longueur de 30 mètres environ est supporté par une ralingue garnie de flotteurs en rondelles de liège et plombé. La chute, ou retombée, est d'une hauteur de 10 à 12 mètres.Les mailles sont de dimensions variables selon la taille des sardines; un filet de 40 signifie que les mailles sont dimensionnées pour prendre 40 sardines au kilog.Quand le filet est mis à l'eau et que les sardines travaillent, si les mailles sont trop petites, les sardines s'ssomment en butant  dedans, elles remontent à la surface et le marin dis " Elle est folle". Alors il tend un filet aux mailles plus large. Dès qu'il voit la surface se couvrir d'écailles, il sait que la sardine se prend  par les ouies et qu'elle est capturée.
A partir de chaloupe sardnières, les " Pinasses" armées par cinq à huit matelots, le filet est déhalé  dans le courant  par l'annexe ( ou pinasson, )à petits coups d'aviron, car le filet doit  rester  souple, sans être trop tendu.  En même temps que le filet est déployé, les occupants de l'annexe jettent de part et d'autres du filet des boulettes formées d'oeufs de morue mélangés à de la farine.
La sardine est là.  Elle vient se gaver de cette rogue dont elle est friande. A mesure qu' elle s'alourdit, elle lache de petites bulles d'air qui viennent crever la surface, les " Garibouilles" que les marins signalent à la pinasse par le geste, pouces levés, avant bras le long du corps agités alternativement de bas en haut- Les flotteurs plongent, la mer est recouverte d'écailles,  Il est temps de remonter le filet sur la pinasse  où il est tamisé pour que la provende tombe dans le parc. Les sardines sont mises en caisse, petites caisses plates contenant 5 kilogs de poissons. Un filet viré contenait au plus,100 kgs de sardine  ( les bons jours!) mais souvent qu'une ou deux caissettes. Alors il fallait se déplacer, chercher le poisson. Les filets étaient déployés et relevés plusieurs fois avant que l'heure du retour ne sonne. Les premiers arrivés au port vendaient au prix de la marée alors que les retardataires n'étaient payés qu' aux prix fixés par les conserveries. Dans l'après midi, les patrons et les équipages se rassemblaient dans les petits bistrots du quartier du maroc ou du quai de larépublique pour la " comptée". Les pinasses ont été nettoyées, béquillées pour qu' elles ne chavirent pas à la basse mer, tous se regalaient après tant d'efforts d'une cotriade bien méritée. Les marins qui ont pratiqué cette pêche sont maintenant septuagénaires. En ce mois de mai 2009, le plus vieux marin du port promène encore allègrement ses 91 ans les jours de marché et continue à faire pousser ses légumes. C'est auprès de ces gens là qu'il nous faut  écouter parler d'un métier pénible, qui les a marqués dans la chair et dans l'esprit,  mais qu'ils ont tellement aimé.  c'est vers 1850 que les premières conserveries s'installent à Croix de vie, près du port. C'est lâge d'or de la sardine. Entre 1872 et 1883, 11 nouvelles conserveries seront construites  (En 1864, il y avait 46 unités sardinières dans le port de Croix de Vie avec plus de 500 marins) C'est un 1925 que Benjamin Bénéteau construit un premier bateau à moteur et que les pinasses à moteur remplacent les chaloupes. L'association " Concorde",  avec les vieux marins qui restent, tente de préserver ce patrimoine maritime, cette longue histoire d'un port voué bientôt à la plaisance et au tourisme.
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Dimanche 26 avril 2009 7 26 /04 /Avr /2009 17:40
En cette année 2009, il y a encore un bateau qui pose ses palangres au large de Saint Gilles Croix de vie.
Il s'agit du " Loup Blanc" que j'ai représenté alors qu'il va tendre ses lignes, tous pavillons flottants dans le vent.
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Mardi 26 février 2008 2 26 /02 /Fév /2008 18:31
Depuis l'île d'Yeu, l'hélicoptère assure les évacuations sanitaires vers le continent.  Il n'y a pas si longtemps,  c'était  le canot de sauvetage de  Port Joinville qui  se chargeait  de cette tache. Par beau temps, Fromentine était vite atteint mais quand la mer était grosse, le vent violent, dans les éléments  déchaînés, le voyage vers la côte devenait une aventure. Dans l'impossibilité d'atteindre Fromentine, le canot se déroutait alors vers Saint Gilles. Le canot " Patron Aimé Baud ", du port de Croix de Vie, commandé par " Bébert Thalassa" se portait au devant des Ilâts et le transbordement du patient évacué se faisait au large du rocher de Pilhours.
 C'est ainsi que part une nuit épouvantable, la parturiente  ilaise ne pu attendre et  sa petite fille vint au monde sur le " Patron Aimé Baud". L'équipage, malgré les embruns, les ruades du canot dans les lames, pris les choses en mains et su donner les soins nécessaires à la mamn et à la petite fille. Ce sont les vieux canotiers du port qui m'ont rapporté cette belle histoire que je vous confie. patron-Aim--Baud.jpg

Par giras
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Samedi 29 décembre 2007 6 29 /12 /Déc /2007 18:44
    Le 8 juillet 1978, par un très beau temps, "La Garance" rentre d'une patrouille de surveillance des pêches en mer du Nord. Une fois le navire accosté, l'équipage prendre la veille dite de "Sécurité" et, en attendant le repas, tous conversent autour d'un apéritif bien gagné.
    Il est 21 heures lorsque le téléphone d'alerte sonne. L'homme de quart sort prendre la communication et lorsqu'il revient, à voir la tête qu'il fait, tous ont compris que le repas est remis à plus tard. Le message indique que le cargo " ATLANTIC HAWCK" battant pavillon libérien signale un homme par dessus bord dans la traversée Douvres- Anvers. Il a constaté la disparition de son marin dans le Nord de Calais, à environ 12 nautiques, vers 20 heures 45.
    Aux postes d'appareillage. Il est bientôt 22 heures quand le bateau double les jetées de Boulogne. Le temps est au beau, la mer comme un miroir et la visibilité de plusieurs milles.
    La route est au Nord pour doubler le Cap gris Nez et la vitesse est de 16 noeuds.
   Il faut deux heures pour arriver sur la zone de recherches. Cela fera plus de quatre heures que le type est tombé à l'eau, aussi tous sont septiques quant aux résultats de la recherche. La route est au 30. De très nombreux échos radar sont observés. Le bâtiment vogue en contre sens du " rail" en contravention avec les règlements mais bénéficiant d'un autorisation spéciale pour les missions d'assistance et il doit souvent se dérouter pour éviter les cargos. La bouée MPC, qui marque le milieu du détroit éclate sur tribord. Il est environ 0 Heure 30 et l'allure a été ramenée à cinq noeuds.
    Pour ne pas encrasser les turbos, la machine est stoppée et la " Garance " court sur son erre, dans le grand silence de la nuit. L'équipage s'est rassemblé sur la passerelle découverte et fume en devisant. Un matelot pense avoir entendu un appel. C'est sans doute un goéland! ,dit un autre, mais instinctivement tous on fait silence et écoute attentivement. Dominant le clapotis de l'eau le long de la coque, ils entendent distinctement un appel sur bâbord. Le gros projecteur est braqué et fouille la mer. Dans le faisceau, à 100 m environ, il se fixe sur un homme qui agite les bras et nage vers le bateau.
    Diverses manoeuvres et par l'échelle de pilote affalée le long de la coque, le "miraculé" mont à bord. C'est un homme jeune, 35 ans environ, en forme malgré les cinq heures qu'il vient de passer dans l'eau. Il est tombé à l'eau en vidant les poubelles.
    Route vers Calais où une ambulance l'attend.
    Que dire de ce sauvetage où le hasard a été prépondérant. Habituellement, jamais les moteurs étaient stoppés au cours d'une mission d'assistance.

     Cette histoire m"a été contée par mon ami Sylvain,  ex-patron de la "Garance", un jour où nous taquinions les merlans.

Par giras - Publié dans : patrimoine maritime - Communauté : Reportages marins
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