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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 10:18

Le petit fils de Joseph JAULIN nous rappelle que son grand père, décédé en 1988, était connu sour le surnom de "RESIGNE".

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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 15:02

      

 

 Surnoms des marins du port de Croix de Vie

 

Le surnom dont l’usage se perd dans la nuit des temps, s’est souvent transformé en nom patronymique au moyen âge, comme «  Le Noir », « Capitaine ». Il est donné par dérision à un membre de la communauté en raison de ses qualités professionnelles, de son origine (comme l’Anglais), de ses manies ou de ses tics. Il était  d’habitude, dans le port grouillant d'activité autrefois, de donner un surnom à un membre d’équipage. Quelquefois péjoratif, souvent original, il se transmettait souvent de père en fils. Beaucoup de marins porteurs des surnoms ci-dessous sont morts, mais ils continuent de vivre dans le souvenir de ceux avec lesquels ils ont navigué.  Cette liste n’est pas complète, loin s’en faut mais elle a été établie  pour perpétuer le patrimoine maritime du port de Croix de Vie 

 

« Le fer à repasser »            « Mignon                  « P’tit bonheur »

« Mensonge »                     « Le Courlite »          « Gros pouce »

« Goulu »                           « Le Cagnotte »         « Talonnette »

« Le Banquier »                  « Col debout’ »          « Brise Fer »

« Serre-Fesses »                  « Chargeur »              « Remignon »

« Saboureau »                     « Grand Couteau »     « Zeu »

« Doze »                             « Capett’ »                « J’aim’bien l’beurre »

« Résigné »                         «  Carotte » »             « Le Chatt’ »

« Jabroux »                         « Grand’ Goule »       « Pain de Sucre »

« L’enfant de Chœur »        « Le Cœur »              « Gnouf-Gnouf »

« Le Sultan »                      « Casquette Piat’ »     « Le Bouc »

« Oh la là mon chu »          « Joubian »                « Cul doré »

« La bourse »                      « La canne d’or »       « La frégate »

« P’tit Journal »                  « Camaret »               « Baquett’ »

« Mal en gré »                    « Le p’tit maraichin » « Sussusse »

« Bouchicon »                    « L’escormont »        « Grands pieds »

« Pas mollir »                     « Le normand »         « Le rouge »

« Moblo »                           « La pipe »                « Bottes fines »

« Gigot »                            « Mécano »                « Roule ta bosse »

« Padienne »                       « Coupe choux »        « Mousqueton »

« Misère noire »                  « Pzanamaû »            « Cagnon »

« Monportit’ »                    « La mouette »          « Canadien »

« Vert jus »                        « Pot-inquiett’ »        « Furieux »

« Marchand d’huile »          « Le bileu »               « Couenne de lard »

« Baillaü »                          « Raton »                  «  Yo Sé (je sais) »

« Trigailloux »                    « Amiral »                 « Tillé »

« La Margate »                   « Tititt’ »                  « Sans rate »

« Grelett’ »                         « Le moko »              « Molett’ »

« L’étudiant »                     « Le blanc »               « Chevrett’ »

« Ratata »                           « P’tit bidon »           « Moustache »

« Soutien »                         « La bouse »              « Charlemagne »

« Louis quinze »                 « L’astronome »        « Deux trois boucs »

                  

 Pour apprécier ces surnoms, il faut les écouter en ayant dans l’oreille l’accent des gens du cru. Pour entendre « Chevrette » il  faut éliminer le «  e » final  et accentuer les  «  t », le « e » restant sur le bout de la langue « Le Chat » se prononce « le Chatte ». Pour l’écriture, le «  e »final a été remplacé par une apostrophe. 

 

 

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3 mars 2014 1 03 /03 /mars /2014 14:56

pot du samedi046

    

 

               Vous les avez peut-être remarqués ces vieillards octogénaires qui se rassemblent autour d’un pot, les jours de marché à Croix de Vie. Ce sont des anciens marins et ils sont la mémoire du port. Natifs de Croix de Vie pour la majorité d’entre eux et issus du quartier du Maroc, ils ont fréquenté très tôt les quais et les abords de la criée. Ils ont traqué les bancs de sardine à l’aide de filets droits, le thon à la ligne traînante. Ils ont connu le grand beau temps mais aussi les furies de mer et les marrées de cabane, en cape dans le mauvais temps. Ils  se remémorent le port alors que les bassins et la rivière étaient encombrés de bateaux, ils sont pleins de souvenirs qu’ils ressassent entre eux dès que l’occasion se présente. Ils ne parlent pas du métier qu’ils ont fait. Le peu que j’ai eu à en connaitre, c’est en saisissant les conversations qu’ils ont à l’occasion d’un évènement ou d’un fait d’actualité.

                Une ou deux  photographies format 6x9 sorties d’un portefeuille qui montrent des jeunes joueurs de foot ou quelques matelots sur le pont d’une pinasse, et la discussion repart. Je ne me lasse pas de les entendre. Tout y passe, les bons et les moins bons moments de la souvenance commune.  C’est ainsi moi, qui ne suis pas natif du pays, qui suis « un rapporté », de plus «  un fayot » puisque j’ai fait une carrière militaire, j’ai entendu narrer des épisodes de leur enfance, de leur scolarité avec monsieur Baratier, l’instituteur.  Pour celui-ci, Ils gardent un grand respect et de très bons souvenirs malgré la sévérité qu’il exerçait sans faille. Dans ces familles où on est pêcheurs de père en fils, la vie n’était pas facile mais ils ont eu une enfance heureuse, courant dans les copeaux du chantier Bénéteau parmi les coques en construction, cherchant des avignons dans la rivière pas encore polluée, attrapant des lançons à l’aide d’un cercle de barrique pour gratter dans le sable, se baignant en bandes joyeuses en bordure de la Vie. Ils ont connu l’occupation et les contraintes imposées par les allemands. Comme tous les gosses de leur âge en 1940, dans une France vaincue, dévastée, humiliée par la défaite, ils ont chanté « Maréchal nous voilà »   Ils ont des souvenirs cocasses de leur expérience de footballeurs quand ils jouaient dans l’équipe locale et des déplacements pour rencontrer d’autres équipes qu’ils effectuaient en vélo ou bien dans un véhicule poussif au moteur alimenté par un système gazogène qu’il fallait pousser dès qu’une petite montée se présentait sur la chaussée. Ils connaissent tout le monde dans la ville, embrassent les vieilles dames de leur âge qu’ils ont côtoyées sur les bancs de l’école et qui sont souvent des veuves de marins pêcheurs. Parlent quelquefois des marins décédés, évoquent les surnoms dont presque tous étaient affublés. Surnoms  gentiment moqueurs pour d’aucuns, féroces pour d’autres mais ils en parlent avec une sorte d’affection amusée. Ils ont été inscrits maritime et comme tels, ils ont été appelés sous les drapeaux. Le centre de formation de Mimizan leur est resté en travers de la gorge, de même que le cinquième dépôt des équipages de la flotte de Toulon où ils sont restés quelques semaines dans la compagnie des « disponibles ». La nourriture y était insuffisante, la discipline indigeste, les gardes et les corvées multiples redoutées. La « Royale » les a brevetés provisoires « manœuvriers » et dispersés dans les unités. De cette expérience obligatoire, ils ont conservé le bon côté de la chose, les «  pays » qu’ils ont connus dans la maistrance et la camaraderie qui régnait à bord. L’un de mes bons copains a fait un voyage jusqu’aux états unis où son bateau a subi une refonte du système d’artillerie contre avions. Il garde les souvenirs d’une escale à Fort de France, du punch qui lui a donné du mal à la tête, et aussi d’un séjour à Sidi Abdallah en Tunisie où il resta quelques temps. L’autre est allé jusque sur le Mékong à bord de l’aviso sur lequel il avait été embarqué. Pour le reste du petit groupe, ils ont servi sur des petites unités, voir dans une base de l’aéronavale y compris la base Tan Sun Nhut à Saigon pour notre ami gégène Robion.  C’est par l’Amicale des marins du Havre de Vie que j’ai connu  ces gens-là et aussi ceux de la classe 47 qui regroupait les conscrits de la ville, des environs et leurs épouses. La génération suivante, ceux qui abordent les soixante-dix ans, essayent de faire vivre dans l’association Concorde le patrimoine maritime du port. Ils présentent depuis quelques années, dans des expositions « La Mer une Passion » très prisées du public, des maquettes et des portraits de bateaux,  des tableaux de nœuds, des vieilles photographies devant lesquelles il est touchant de voir des enfants et petits-enfants retrouver sur celles-ci l’image d’un papy jeune homme sur le pont d’une pinasse ou d’une grand-mère, jeune femme, ramandant des filets sur les quais.           

               Comme nous avons le même âge, nous avons bien des points communs.   Nous sommes nés au temps des lampes à pétrole, de l’école de la troisième république et des sabots en guise de bottines. Nous avons connu des temps de vaches maigres, la glace sur les carreaux les jours d’hiver, la neige qui était fréquente à l’époque  où on ne  parlait pas encore  de réchauffement climatique. Nous avons vécu la formidable évolution qui a suivi la guerre, le plein-emploi. Nous avons fait des métiers qui nous plaisaient et où ne mesurions pas notre temps. Maintenant, à chacune de nos rencontres, nous apprécions autour d’un pot cette convivialité grâce à laquelle nous persistons à savourer nos souvenirs.

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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 18:15

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baladin-2003.jpg

 

7 heures 30, le «  Baladin », un voilier pêche promenade de Kirié, pas tout à fait 8 mètres de long, trente ans d’âge mas bichonnépar son patron. Au compteur il accuse un nombre de milles équivalent à une fois et demie le tour de la terre. Ce matin nous sommes en route pour les lieux de pêche. 

 Le moteur a pris sa température alors que nous  nous dégagions doucement du ponton.

La jetée de Saint Gilles dépassée, route au 240, le moteur à 2400 tours, cinq nœuds à condition qu’on ait le vent avec nous. Un petit vent de noroit gonfle le foc que Sylvain, le patron,  a établi. Pour capturer un ou deux maquereaux qui serviront à faire de la boëte, les lignes de traine  sont mises à l’eau.

Deux heures et demie de route ! Nous avons le temps de préparer les lignes tout en devisant. Tout est méticuleusement rangé à bord. Chaque chose à sa place et une place pour chaque chose. En veille radio, on écoute le bulletin météo diffusé par le sémaphore de l’ile d’Yeu. «  Beau temps, mer belle légèrement agitée, vent de nord ouest 1 à 2 beauforts en fin de journée ». On rentrera sous voile. Sylvain met le radar en route pour vérifier son bon fonctionnement. Un chalutier sur bâbord, à deux milles de nous, est en pêche

Les rencontres sont rares. Parfois un voilier en provenance de l’ile d’Yeu en route vers les Sables croise notre route, mais ce qui nous intéresse le plus, ce sont les oiseaux. Ils sont là, les grands guillous  (fous de bassan) plongent.  Ce sont eux qui nous indiquent par leur comportement s’il y a des poissons et, à ce moment là, il faut veiller aux lignes trainantes. On a un peu ralenti et  dès que trois ou quatre maquereaux sont pêchés, on reprend la route.

L’île d’Yeu grossit tout doucement sur tribord. La petite maison blanche de l’anse des broches se découpe sur la végétation. Encore un peu de route au même cap et elle viendra s’aligner sur le sémaphore. Au sondeur, on vient de passer au dessus d’une petite barrière de roches. Le GPS sonne. Nous sommes dans le « Cul de Sac » sur le point que nous avions choisi, 42 mètres d’eau, au dessus

d’un fond de gravier et de  « mouraille » que les merlans apprécient.

Mouille !  me crie Sylvain. Le grappin  file vers le fond entrainant la ligne de mouillage qui est lovée dans l’habitacle, dans un baquet. La bouée de mouillage est frappée sur la ligne et le bateau commence à dériver. Le grappin est croché et bien croché. La bouée s’enfonce dans les flots, le bateau se glisse dans le lit du vent, un léger courant de jusant nous est favorable. Les cannes à lancer sont prêtes,  on va pouvoir mettre les lignes à l’eau.

C’est fait. Le « Baladin » dont les formes sont arrondies commence à rouler bord sur bord. Une vraie barrique selon Sylvain et c’est là qu’il me raconte que lorsqu’il était mousse et naviguait avec son père, il avait été victime du mal de mer. Son père l’avait emmené voir un rebouteux qui résidait dans le marais. 

Celui-ci l’avait examiné, traité avec des gestes mystérieux et lui avait donné un petit sachet au bout d’un collier de lacet. Il devait le porter et, depuis ce jour là, il n’eut plus jamais le mal de mer.

Les lignes restent inertes, ça ne mord pas. Assis chacun dans notre coin, nous devisant et petit à petit, c’est la pêche qui devient le sujet principal. Sylvain, un ancien pêcheur et officier des affaires maritime, a commandé un navire d’assistance des pêches en mer du nord, « La Garance », bien connue des boulonnais. Il a de nombreuses anecdotes en réserve et comme rien ne mord à nos lignes, il évoque les pêches sur le banc de « bassurelles », alors qu’ils rendaient visite à l’équipage du bateau feu. Les morues montaient  aux lignes « que c’était un plaisir ! C’est lui qui m’avait raconté, au cours d’une autre sortie, le sauvetage d’un homme tombé à la mer et recueilli plusieurs heures après .

 

                

Pour nous aujourd’hui c’est très calme.

Le poisson ne mord pas tout le temps, il faut attendre qu’il passe et s’intéresse à nos appâts. D’abord la ligne est agitée de petites secousses, sans doute un tacaud qui mordille la boëte. Les merlans eux on une touche sournoise, un frôlement sur la ligne et un départ. Il faut les ferrer rapidement si on veut les attraper. Les touches se succèdent rapidement. C’est un passage. Ca mord à toutes lignes. Les merlans sont de bonne taille et si un congre ne vient pas nous importuner, la pêche sera bonne. L’eau est très claire et on voit les poissons qui tentent d’échapper à la ligne qui les tire inexorablement vers la surface. De terreur, ils défèquent dès qu’ils sont à fleur d’eau. Une fois sortis des flots, ils meurent rapidement, pas comme les roussettes ou les congres  qui mettent plus d’une heure avant de trépasser.

 

C’est bientôt l’heure du repas et Sylvain, en bon patron qu’il est et grâce à une cambuse bien garnie, nous sert l’apéritif en attendant que la boite de conserve de cassoulet soit chaude. Il nous est arrivé au cours de parties de pêche précédente, de faire une «  bouilleture »  avec les premiers merlans pêchés, directement cuits à l’eau de mer.  Nous prenons notre repas dans le carré. La table est aménagée pour que les assiettes et la bouteille de vin ne soient pas chavirées par les mouvements du roulis, car des mouvements le « Baladin » n’en est pas avare. Il se dandine joyeusement et par les vitres du carré on voit passer alternativement l’eau, les vagues, la ligne d’horizon et le ciel en des images rapides qui  se succèdent  et soulèvent le cœur de ceux qui sont malades en mer.

 Les lignes sont restées en pêche et sont surveillées à travers  l’écoutille. Elles prennent souvent un poisson pendant que nous sustentons. Nos compagnes ont la possibilité d’écouter la fréquence. Elles savent que tout va bien à bord et que la pêche est bonne.

Après le repas, on somnole en surveillant les lignes.

Ce sont des moments très conviviaux que nous vivons là. Quelquefois nous sommes de longs moments sans parler, à savourer l’instant. Le bateau barde sur son mouillage.

16 h 30, il va être temps de rentrer. Le grappin est relevé, le poisson ébreuillé, les pavois briqués alors que nous avons mis le cap sur le port de Croix de Vie. Des dauphins nous accompagnent, les oiseaux se précipitent sur les déchets des poissons dépecés.  Sous voile, nous savourons l’instant présent.

 Quelquefois il arrive que des oiseaux épuisés viennent se poser sur le bateau. Au cours des ans nous avons ainsi ramené à terre, en faisant très attention de ne pas les effaroucher, des pigeons voyageurs, de petits passereaux ou des grives mouchetées. Le port approche, il va être temps de rentrer les voiles. Grace aux enrouleurs, le travail est facile.

19 heures, nous sommes rentrés, les haussières à poste. La pompe de cale a été mise en route pour épuiser les quelques litres embarqués lors du nettoyage.  Sylvain rince son bateau  avec un jet d’eau douce. Nous sommes fatigués mais heureux.

Ainsi se passe une sortie pêche avec le Baladin. Il y en eut beaucoup d’autres, jamais identiques mais néanmoins semblables. Toujours elles ont été la source d’un vrai plaisir.

Les années sont passées. Nous sommes devenus des vieillards très avancés en âge. Le cul de sac s’avère maintenant trop éloigné, trop fatiguant. Restent les « deuxièmes vases » ou bien le « Sapinier »  peu éloignés du port pour taquiner les maquereaux

J’ai accompagné Sylvain sur son bateau pendant  près de vingt ans dans des parties de pêche mémorables, dans les chaleurs de l’été mais aussi dans le froid de l’hiver où nous allions traquer les bars devant la Gachère. Sylvain navigue toujours, moins loin peut être, mais pour le plaisir. Il appareille sans but, fais un tour dans le « Grand Sion » et rentre s’amarrer à son ponton, heureux.  Son bateau, c’est une très grande partie de sa vie. Il m’a  souvent dit « Un jour, quand je ne pourrais vraiment plus aller avec lui, je le vendrai mais je ne le céderai qu’à  un gars qui l’emmènera loin du port. Je ne pourrai plus le voir sans serrement de cœur ».

 


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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 09:52

Belle île en Mer

 

 

A cause du mauvais temps, bien des thoniers qui suivaient les thons dans le golfe, ont du s’abriter dans le port du Palais à Belle ile en mer. Mes copains, Roger et Maurice, ont évoqué devant moi cette tempête de septembre où toute une flottille de vendéens, de bretons et d’espagnol est venue chercher l’abri du port. Le mauvais temps les aillant contraints à rester plusieurs jours abrités, plusieurs gars de Croix de Vie,  auxquels s’étaient joints des bretons,  en avaient profité pour louer des vélos et circuler à la découverte de l’île. Ils en gardent le souvenir  d’une franche rigolade, avec l’arrêt dans un bar de Sauzon où les chansons fusèrent, dont «  Partons la mer est belle » entonnée par tous les équipages vendéens.

 Ils se souviennent aussi de ce bateau, gréé en trois mâts carré, qui trônait dans la cour de la citadelle et dont la mature était visible du port. Ce navire immobile était destiné à la formation de marins à partir des enfants détenus dans la colonie pénitentiaire, laquelle occupait les annexes des fortifications depuis 1880. Les jeunes délinquants avaient remplacé les prisonniers politiques antérieurement retenus dans les lieux. Les locaux alloués à la colonie étaient toujours les mêmes et ils présentaient un aspect sinistre qui terrorisait les enfants dont les plus jeunes n’avaient que treize ans.

 

J’étais très averti de cet établissement pénitentiaire car mon grand-père paternel, arrêté en flagrant délit de vagabondage par les gendarmes de Saint Quentin dans l’Aine, y fut conduit. Il avait un peu plus de treize ans quand il a été incarcéré dans cette maison de correction pour mineurs. Malgré le stress, lui qui n’avait jamais vu la mer, a été immédiatement  émerveillé et conquis par les odeurs, les bruits que font les oiseaux de mer et l’immensité des flots qui s’étalent autour de l’île. La discipline y était rigoureuse, souvent injuste et les punitions inhumaines. Parmi celles-ci, il y avait « la pelote » ou bien celle qui consistait à faire grimper le puni au sommet du plus haut des mâts  et à le faire cuire pendant plusieurs heures, torse nu, face au soleil. Les plus jeunes devaient se défendre à coups de poing contre les agressions des anciens.

 L’instruction primaire y était dispensée ainsi que l’instruction maritime pour quelques élèves  dont il était. Il a gardé un souvenir pénible de son séjour mais il y a acquis les connaissances maritimes qui lui permirent de travailler plus tard. Il a quitté l’île en 1887 pour embarquer comme novice dans la marine marchande, puis il s’est marié et s’est installé à Paris en 1898.

J’étais son seul descendant mâle. Il m’avait accueilli très jeune dans son foyer. C’est lui qui m’a élevé. Il me racontait son enfance dans cet univers carcéral où les plus jeunes devaient se défendre contre les agressions des anciens. Il savait tout juste lire et écrire mais était très habile dans les travaux manuels, notamment la menuiserie. Il dessinait des voiliers, trois mâts francs ou trois mâts carré, goélettes etc., et m’expliquait longuement la manœuvre des voiles, les différentes cargues qui servent à les déployer ou à les  replier; les cargues fonds, les cargues boulines et  aussi le brasseyage, où debout sur les marchepieds, avec au ventre la peur du vide, il faut replier la voile et la fixer sur la vergue par un raban. Il m’apprit les nœuds, les tresses plates, rondes ou carrées et je savais tresser un «  scoubidou » bien avant son apparition dans les écoles.

Dans un bloc de peuplier, il avait taillé une coque aux formes d’un trois mâts de son époque et l’avait grée en brick goélette et baptisé le «  Vengeur ». En ma compagnie, il le faisait naviguer sur la plus grande des mares du village. Il avait gardé une forme physique étonnante et un jour, devant les élèves de l’école communale ébahis, il fit un rétablissement à la barre fixe. Il avait alors 70 ans mais n’avait rien oublié de la pratique de la gymnastique acquise à Belle ile.

 

Il est mort en  février 1944. Il avait 74 ans. Un régiment blindé allemand s’était arrêté ce soir là dans le village et les officiers, cherchant des cantonnements pour leurs soldats, visitaient toutes les maisons. Ils  renoncèrent à réquisitionner un logement quand ils virent le vieil homme sur son lit de mort. Très respectueusement ils le saluèrent.

 

penitentier-belle-ile.jpg

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 11:17

 

Aujourd’hui, 2 janvier 2013, l’île de la Réunion est soumise à une alerte cyclonique. Je me souviens avoir vécu une telle alerte alors que je travaillais à Saint Denis de la Réunion et que nous étions coincés à l’atelier. Un opérateur radio de la station,  réunionnais d’origine, ancien opérateur radio auprès des services de météorologie, nous a raconté avoir vécu un cyclone monstrueux alors qu’il stationnait sur l’ile de Tromelin en compagnie de trois météorologues. A l’époque, les séjours sur cette ile était de six mois. En 1954 une piste d’aviation avait été réalisée ainsi qu’un local  technique et d’habitation. L’accostage des navires étant impossible, tout le ravitaillement ou les matériaux de construction y sont amenés par les avions de l’armée de l’air.

Il nous expliquait que les iles éparses de l’océan Indien figuraient pratiquement toutes dans un système de surveillance sur la formation des cyclones, très nombreux sur l’Océan Indien quand vient la saison.

Lui-même en avait vécu plusieurs, dont un très violent avec des vents de 230 km/heure qui lui avait laissé un profond souvenir. Tout avait été balayé sur l’ile où une rare végétation d’arbustes persistait. La mer avait grossie et monté à l’assaut du point haut sur lequel était construit leur local. Les rats, très nombreux sur l’ile, en  gagnaient les abords pour fuir les flots. Perché sur ce point haut situé à six ou sept mètres au dessus du niveau de la mer le personnel était très inquiet. Ils savaient tous ne rien  devoir attendre d’un secours quelconque si le danger augmentait. Notre ami avait aussi évoqué les jours de beau temps, l’importante colonie d’oiseaux faite de Frégates, de paille-en-queue et de fous de bassan ainsi que des tortues qui viennent pondre en grand nombre et aussi, pour plusieurs d’entre elles, y mourir d’épuisement et d’insolation après la ponte. Il nous racontait que, lorsque les œufs étaient éclos, une nuée de petites tortues tentaient de rejoindre la mer sous les attaques des frégates.  Lui et ses camarades  recouvraient ces nids de ce qu’ils pouvaient trouver, couvercles, bassines, afin de les protéger avant la nuit et d’en sauver quelques unes.

Profitant de ces journées en alerte, ou toute activité est stoppée, il poursuivi son récit pour nous conter l’histoire d’un bateau, « l’Utile », qui avait sombré sur l’île en 1760 et dont l’épave est toujours plus ou moins visible. Ce bateau transportait des esclaves qui furent abandonnés par l’équipage lequel a réussi rejoindre Madagascar après avoir confectionné une embarcation à partir du bois et des voiles recueillis sur l épave. Les officiers avaient promis de revenir les chercher mais les esclaves furent abandonnés. Ils ont vécu quinze années en se nourrissant d’oiseaux, d’œufs et de fruits de mer. Il n’y a pas d’eau potable sur l’ile et ils ont creusé un puits d’où ils tiraient une eau légèrement saumâtre.

 

Depuis 1985, Les satellites météo sont en place et les stations météo des îles sont devenues automatiques. Les iles Tromelin, Juan de Nova, Les Glorieuses et Europa sont  pourvues d’une piste d’aviation et sont toujours occupées par un gendarme et une quinzaine de militaires qui maintiennent la présence française. Sur Tromelin, des locaux neufs ont été construits et quelques cocotiers ont réussi à pousser. Plusieurs expéditions d’archéologues ont travaillé sur l’histoire du naufrage de « l’Utile » et celle des esclaves abandonnés qu’Irène FRAIN a raconté dans un roman écrit à partir des observations archéologiques et des archives de la compagnie des Indes. La première chaîne de télévision a diffusé un très intéressant reportage sur toutes ces iles et sur la naissance des tortues. Pour nous qui écoutions notre ami en 1975, nous découvrions une histoire similaire à celle du Robinson Crusoé de notre enfance¨.

Ce jour là, pendant que nous devisions dans le calme, la pluie s’était mise à tomber, une pluie diluvienne qui faisait plier la végétation,  inondait les rues, faisait grossir les rivières. Les bulletins météo, diffusés sans interruption, nous indiquaient que d’après les observations des  météorologues en poste dans les iles éparses,  le cyclone ne passerait pas sur l’île de la Réunion, mais plus au nord.  Nous avons eu une pensée pour ceux de Tromelin que venait d’évoquer pour nous notre camarade.

 

 

 

 

 

 

 

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 09:54

L’Ami du pêcheur

 

l'ami du pêcheur

 

 

 

 

L’Ami du pêcheur, construit par le chantier THOMAZAU à Saint Gilles, est un  des derniers bateaux en bois stationnés dans le port de Croix de Vie.

 

Long de 12 mètres pour 4 m 60 de largeur, il arme pour la pêche aux casiers l’hiver et navigue avec des passagers l’été.

 

C’est ainsi que dans la belle saison, il offre aux vacanciers la possibilité de vivre une expérience maritime et aussi le plaisir de la pêche au large. Le patron connaît bien les fonds marins  devant le port de Croix de vie et il sait où trouver de quoi satisfaire ses passagers, pêcheurs d’un jour.

Par grand beau temps, il faut le voir traquer les bancs de maquereaux sur les " deuxièmes vases " ou dans   "l’anse de Sion ". Dès qu’il est stoppé et mouillé, il est rapidement environné de vedettes de plaisance, lesquelles savent bien que le patron a trouvé de quoi satisfaire ses passagers.

 

Cette année encore il sera présent devant les Sables d’Olonne pour offrir à ses passagers une vue exaltante sur le départ des concurrents du Vendée Globe.

 

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 10:45

Il y avait, autrefois, en des temps pas très éloignés, la fête de la mer. A cette occasion, tous les bateaux du port étaient décorés de guirlandes et pavoisés. Une foule d’estivants se pressait sur les quais et nombreux sont ceux qui  jouaient des coudes pour trouver une place sur un des bateau de la flottille et participer à la sortie vers le large.

 

Devant l’affluence, les patrons étaient obligés de déborder sous peine d’être submergés par les vacanciers enthousiastes.  Tous les bateaux étant chargés de visiteurs, la procession s’engageait alors entre les jetées pour gagner le large de Pill’hours. Arrivés sur les lieux, les bateaux se groupaient en cercle autour de celui qui avait embarqué les autorités et l’aumônier des marins. Une gerbe de fleurs était lancée en mémoire des disparus, la sonnerie de clairon «  aux morts » ponctuait la cérémonie. Tout le monde rentrait au port, heureux de cette manifestation.

 

C’était une fête qui laissait beaucoup de souvenirs à ceux qui y avaient assisté. Une des dernières a eu lieu à Croix de Vie en 1989. Sur le programme officiel, l’abbé Blaizeau évoquait les joutes entre équipages, les canards lâchés dans le port qu’il fallait capturer, les courses de « beyouks » (petits crabes verts)  dans les coursives de la Roussière.

 Derrière le «  Patron Aimé Baud »,  vedette de sauvetage commandée par Bébert Héraud, suivaient :

 

« la Felouque » de Péredo Emile,

« La Roumasse », de Herbreteau Claude,

 « La Surprise », de Rivallin Maurice,

« Le Brigand » de Piedplat Alain,

« Le Galérien » de Denis Eric,

« Le Sagittaire » de Rabiller, Jacky,

« Le Sionnais », de Burgaud Jean-Claude,

« Les Cinq Pineaux » de Burgaud, Jean Claude,

«  La Lynda » de Morineau, Jean Charles,

            « Macao » de Guittonneau, Joseph,

            « Mewenn » de Péault, Jean Michel,

« Maillard », de Gouret, Louis,

« Melpomène » de Morineau, Florimond,

« Minerve » de Daniaud, Joseph,

« Mistral, de Driez, Lionel,

« Mi-Tan » de Bernard, Franck,

« Nausiccaa »,  d’Avrillas, Jean-Claude,

« N.D. du Bon Secours », de Roger, Alain,

« Pirate des Mers » de Pontoizeau, Gilbert,

« Petite Nella », de Couton, André,

« Pill’Hours », de Burgaud, Jean-Claude,

« P’tit Goulu » de Pénard, Alain,

« Tam-Tam » de Barault, Claude,

« UTI 1 » de Groisard, Didier,

« Veriste », de Rocher, Raymond.

 

L’Amicale des Marins du Havre de Vie », affiliée à la F.A.M.M.AC avait hissé sa marque sur le « Christian-Jacques» de Michel et  Claude Braud.

 

Depuis, il y a eu cet accident à l’île d’Oléron et la tradition s’est arrêtée.  C’était le 11 août 1996.  La mer était belle, il y avait un peu de houle, le vent était de force 4.Tout s’était bien passé. Les bateaux regroupés autour des autorités civiles et religieuses avaient honoré la mémoire des marins péris en mer. La fanfare avait joué la Marseillaise et les bateaux faisaient route terre.  Soudain une vague venue de l’arrière mis « l’essor », un fileyeur de 12 mètres,  en travers de la lame, puis une deuxième le coucha sur le flanc. Il était chargé d’estivants dont une quinzaine de membres de la famille du patron. Dix personnes trouvèrent la mort parmi lesquelles la fille du patron.

 

 Catastrophe évitable ont dit les juges et depuis les fêtes de la mer, telles qu’elles se pratiquaient jusqu’alors, ont disparues. Les contraintes de sécurité sont devenues telles qu’il est difficile d’envisager que ces cérémonies soient pratiquées un jour comme autrefois.

 

En souvenir de ces fêtes à Croix de Vie, voici quelques images.

 

 

 

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        «  Le Christian Jacques » des frères Braud.

 

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      « Melpomène » de Florimond Morineau

 

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         La sortie de la flottille entre les jetées.

 

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« L’Harissa » à Groisard

 

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14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 11:28

 

Le chantier BENETEAU.

 

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                  C'est sur un vieil exemplaire datant de 1950, en lisant un article de Ouest-France relatif aux chantiers Beneteau, que Maurice a évoqué ses souvenirs de jeunesse. Comme tous mes amis, les gars de la classe 1947, il a vécu la grande activité du chantier.

Tous se souviennent des coques en construction sur la cale de Croix de Vie, de la « marmite » toujours en chauffe, où les planches du bordé étaient étuvées avant leur mise en place sur les membrures . Ils me racontent la marée qui venait lécher le hangar dans lequel étaient construites les pinasses et les copeaux de bois qui partaient avec le flot dans le lit de la rivière. Ils évoquent les fumées, les odeurs de goudron, le bruit des herminettes frappant le bois, ou celui du marteau des calfats qui obturaient les joints entre les bordés. Toute cette activité s'exerçait au cœur de la ville et excitait leur curiosité. Chaque lancement était l'occasion d'une fête qui pouvait se faire chez le patron du bateau, au bistrot ou bien sur le chantier. La Saint-Joseph, patron des charpentiers était fêtée comme il se doit tout comme la Saint-André dont j'ignore quelle profession il protégeait chez nous. Mais il est, j'en suis sur, le saint-patron des propriétaires de pubs en Écosse.

1

cahier de Andre Beneteau le tracé219

1    Il y a toujours eu des bateaux en construction dans le havre de vie, petit port très actif dès le moyen âge. Les artisans charpentiers d'autrefois pour construire les navires, partaient d'une demi-coque au 1/10 ou au 1/20 taillée dans un bloc de bois qu'ils découpaient en tranches parallèles à la quille pour en relever les côtes. Ils reportaient les points relevés sur les perpendiculaires dans une vue en coupe(1). Ils avaient l'expérience du temps et réalisaient les formes en fonction de l'activité du marin qui en avait fait la commande. La longueur de la quille déterminait le prix du navire.

Benjamin Bénéteau, dès qu'il eut effectué son service militaire dans la marine à la Corderie de Rochefort, a obtenu un diplôme d'architecte naval. En 1888, il a créé le chantier sur le bord de la rivière à Croix de Vie. C'est à partir de la planche à dessin qu'il traçait dorénavant les couples constituant l'ossature des carènes. Il a tracé les plans de nombreux cotres et dundees pour les marins du port et aussi pour quelques marins de l'île d'Yeu . Son dessin s'est affirmé et sa renommée a vite franchi les limites du port. Ses bateaux étaient réputés « bons à la mer ». Il a été le premier, en 1908, à construire un bateau de pêche à moteur et c'est en 1912 qu'il construisit un voilier qu'il baptisa «  Le père Pénard ». Il meurt en 1928 et c'est son fils André qui reprend les rennes du chantier. Il a 21ans, marié, les temps sont durs mais les connaissances acquises auprès de son père s'avèrent bénéfiques. Il s'inspirent des dundees anglais pour dessiner des coques qui sont performantes et qui se révèlent «  pêchantes » pour la chasse aux thons, ce poisson méfiant qui est dérangé par une mauvaise assiette du bateau, par des filets d'eau et remous anormaux le long de la coque ou par des bruits incongrus du moteur. On dit de lui qu'il avait le génie des carènes et à entendre les patrons thoniers, les bateaux construits par «  Dédé » Bénéteau obtenaient de meilleurs résultats que ceux construits aux Sables, notamment.

 

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               A l'époque, vers 1950, on comptait 20 à 25 charpentiers sur le site. Parmi ceux ci, il y avait Charlot Charrier, Clément Sochard, Raymond Siras, Emile Cornevin, Loulou Jaulin et bien d'autres encore. Sur le chantier, quand il y avait un surcroit de travail, on pouvait avoir jusqu'à trois bateaux en construction sur la cale. Sur la photographie jointe au dossier, on remarquera les coques de deux bateaux en construction dont un en voie d'achèvement. Bien des navires ont été construits sur le même plan, avec des dimensions similaires, mais aucun ne se ressemblait vraiment. Les tontures des coques étaient déterminées à l’œil par le maître charpentier, d'où les différences d'aspects ( la tonture est la courbure longitudinale du pont). Tous ces ouvriers le soir venu se retrouvaient dans les cafés du quartier du Maroc, rue de la Garance ou chez   « Bougnat ». La télévision n'avait pas encore désertifié les rues le soir venu et les parties de cartes allaient bon train.

Jusqu'en 1959, les lancements et autres renseignements relatifs au bateau étaient consignés sur une planche, dans le hangar. A partir de 1959, un cahier fut ouvert où la date de lancement, la jauge du bâtiment, le nom de baptême et le nom de l'armateur furent consignés. C'est André Bénéteau, le frère d'Anette Roux que j'avais rencontré chez « bougnat » et avec lequel j'avais sympathisé, qui m'a montré des plans dessinés par son père et m'a permis de photocopier ce document. Le cahier a été ouvert le 26 janvier 1959 avec le lancement de « Alain Annick » , 42 tx 21, pour le compte du patron André Pénard. Il est clos en avril 1973 avec le lancement de « Au gré des flots » , 23 Tx 54, pour le compte de Moinard,Gaston. J'ai relevé quelques noms de bateaux bien connus du port dont, en 1959, « Astéric » 43 Tx 60 pour Boulanger, Claude, « Gamin de Paris », 22Tx12, pour Avrillas, Marcelin. En 1961, « Belle Bretagne » 24 Tx54, sort du chantier pour Thomas, Maurice ainsi que « Avel-Mad », même tonnage, pour Quere. En 1963, « Compagnon du large », 43Tx93, pour le compte de Charrier, Yvon. En 1967, « Océan des tempêtes », 45Tx93 pour Jean Claude Moreau et « Marie José » 53 Tx 39 pour Tremoreux, un marin de La Rochelle, rejoignent l'océan pour y traquer le thon.

 

         Pour le patron Roger Driez, André Bénéteau réalisa un thonier destiné à la pêche à l'appât vivant. dans une coque de thonier classique, tel qu'il les construisait, il mis en place dans la glacière et à l'arrière, quatre viviers contenant au total 15.000 litres d'eau de mer. Un circuit de pompe maintenait un courant d'eau dans les viviers afin que les appâts se maintiennent en vie.Il lui fallut aussi prévoir le logement pour un équipage de11 hommes. Le " Baroudeur" chargé de vivres et de 8 tonnes de glace, était bien lourd lorsqu'il parti pour sa campagne de thon .

 

     En moyenne, une quinzaine de bateaux étaient construits chaque année, des plus petits de 1tx 14, jusqu'aux plus grands de 50 tx. De tous ces charpentiers, de tous ces ouvriers qui s'activaient sur le chantier, beaucoup sont morts. Mais ceux qui vivent encore gardent une profonde nostalgie de cette époque. Ils côtoyaient les marins de ce petit quartier du «  Maroc » où tous se connaissaient soit par le nom, soit par le surnom. Car les surnoms étaient nombreux chez les marins du havre de vie, parfois gentils mais aussi quelquefois péjoratifs. Il y avait entre autres Gaspard, Chargeur, Deux-trois-boucs, Sussusse, La bouse, Charlemagne, Louis quinze, Pain de sucre, “J'aime bien l’beure”, “donnes ta dorne”, bottes fines, petit baril, et bien d'autres encore qui devraient figurer dans un almanach recueil pour que l'on ne les oublie pas,

 

 

 

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                André Bénéteau, pour trouver des troncs dans lesquels il puisse y tailler les quilles, ainsi que des branches torves, pour y découper des membrures, prospectait les bois alentours, ceux de saint julien des landes, de Talmont et même en forêt de Gâvre. Il se déplaçait dans la citroen traction avant du couple,c'était la sortie du dimanche. Les troncs étaient ramenés à Croix de Vie à l'aide du camion américain qu'il avait acquis auprès des surplus de l'armée. La gestion de l'entreprise était familiale. Un marchand de bois de Saint Hilaire de riez lui fournissait les plaches nécessaires pour les bordés.

 

 

                 je possède une facture établie le 24 novembre 1933 pour la construction d'une pinasse de treize mètres de longueur au profit de Monsieur Limbour ( la passagère). Elle m'a été donnée par Jean Claude Ragonit. Il était demandé 13.500 fr pour construire le bateau. Le prix en a été complètement réglé en 1935 par des sommes variables, échelonnées dans le temps en fonction des résultats de la campagne de pêche. ( voir copie de la facture in-fine)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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                 En 1964, André et Annette les enfants d'André qui ont pris la succession du constructeur, s'ouvrent à la plaisance et introduisent le polyester dans la construction des bateaux.

André Bénéteau décède en 1999. Un kiosque à musique trône à l'emplacement du chantier lequel continue à vivre dans le souvenir des anciens du port.

 

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 18:32

equcipage-d-l-canadienne.jpgLa pinasse «  la Canadienne », un solide bateau de 16 mètres de longueur, armée  par des marins habitués des côtes devant Croix de Vie, pratiquait la pêche au chalut. L’équipage composé de gars du pays chalutait  dans l’ouest de l’Ile, sur des fonds que les marins nomment  la   « Carrière » et où ils allaient habituellement.

 Le  30 Mars 1941 au matin ils avaient quitté le port de Croix de Vie pour une marée de 36 heures, confiants dans l’espoir d’une marée abondante et sans histoire. Il est facile d’imaginer qu’en 1941 les prévisions météorologiques étaient très succinctes, basées plus sur l’expérience des anciens que sur des données précises. Le patron Alfred JOUBERT n’avait pas d’inquiétudes particulières quant au temps qu’il ferait le lendemain.

 A cette époque l’accès  du port était déjà fermé par une chaîne en travers de la rivière et ce, de la chute du jour à cinq heures le lendemain matin. En raison de ces contraintes imposées par l’occupant, bien des bateaux  partaient pour des marées plus longues afin de ne rentrer que le jour suivant, dès  l’ouverture du port.

Vers 21 heures, une tempête de suroît s’est brutalement levée  et les a surpris alors qu’ils étaient en pêche. D’après les marins de la «  Sainte paysanne », la mer s’est formée très vite et est devenue grosse dans la nuit. Les pinasses ont toutes pris la cape

 Ils n’étaient pas rentrés le lendemain matin comme prévu et l’anxiété s’est installée dans le port, d’autant plus que  d’autres bateaux de Croix de Vie,   « la paysanne », la « Joconde » et « La clairvoyante », qui  travaillaient dans les mêmes parages, avaient pu gagner l’abri de Port Joinville et rassurer leurs proches. L’inquiétude a très vite gagné toute la population et ce sont les îlas  qui apportèrent la triste nouvelle le 2 avril.

On suppose que l’équipage a tenté de se porter  vers l’île pour s’y mettre à l’abri. Pendant la guerre les feux qui signalent les dangers de la côte étaient tous éteints. La navigation en était que plus dangereuse. Sans repère sur la côte,  avec comme seuls outils, un compas et un plomb de sonde inutilisable par mauvais temps, sans moyens radio, les marins n’avaient pour eux que leur connaissance des lieux et une grande confiance dans la solidité de leur navire.

  On se perd en conjecture sur les raisons du naufrage. Sans doute se trouvèrent-ils déportés  par les courants et la dérive et vinrent-ils se briser sur les « Chiens Perrins ». Peut être ont-ils été victimes d’une panne de moteur, courante sur des moteurs à essence dont le carburant était plus ou moins bien filtré, qui les a faits dériver en travers des  lames jusqu’ aux redoutables récifs ? On devine leur calvaire quand, impuissants, ils se sont vus drossés vers la côte.

 Des débris en provenance de la pinasse avaient été découverts sur la côte ouest de l’Île d’Yeu. La montre du patron, que celui-ci maintenait pendue dans l’habitacle près de la barre, était encore accrochée aux fragments de bois  en provenance de la baignoire. Il n’y a pas eu de survivant.

            Cinq familles ont été endeuillées par ce naufrage. Alfred Joubert, le patron avait deux enfants, dont Georges embarqué et naufragé en même temps que lui. Il a laissé une veuve et une orpheline. Elie Chevrier, Jules Beneteau,  eux aussi étaient mariés et pères de famille. Roger Martineau, le mousse,  était le benjamin de l’équipage

Quant à Georges JOUBERT, il allait se marier. Les bans avaient été publiés, la fête programmée et toute la famille se réjouissait d’avance de cette fête qui n’aurait malheureusement  jamais lieu. Son corps fut découvert le 3 avril 1941  dans l’Anse du château avec, pas très loin de lui, le petit chien du bord,  noyé lui aussi.

      Quelques jours plus tard la mer rejetait sur la côte de l’île d’Yeu les corps  d’ Elie CHEVRIER, de BRAUD Lucien et de Jules BENETEAU.

            Ce n’est qu’un mois et demi plus tard que le corps d’Alfred JOUBERT fut découvert porté par les courants sur une plage de Bretignolles. C’est par la ceinture de flanelle portant ses initiales que fut formellement reconnu par les proches éplorés, le corps très abîmé du marin. Le corps de Roger Martineau fut retrouvé à Brétignolles quelques jours après le patron Joubert.

 

En raison de l’émotion  suscitée par ce naufrage, la préfecture de Vendée et le secours national avaient alors décidé de venir immédiatement en aide aux familles.

             Tant d’années après, le souvenir de ce drame est encore présent dans la mémoire  collective des vieux Gilocruxiens.

            Certes le port de Croix de Vie a connu bien des naufrages, d’autres drames de la mer, mais  celui-ci, par le nombre de familles endeuillées et les circonstances liées à l’occupation, a marqué profondément la population maritime du pays.

            Concorde, qui avait évoqué en 2007 le naufrage du «  Berger de l’Océan » survenu cinquante ans plus tôt, se devait de rappeler celui-ci.

 

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