Partager l'article ! Le " Hope" , caseyeur de Croix de Vie: Si les marins se promènent en mer comme dans un jardin dont ils connaissent chacun des fonds, imaginons l ...
| Mai 2012 | ||||||||||
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Si les marins se promènent en mer comme dans un jardin dont ils connaissent chacun des fonds, imaginons la somme d'efforts qu'ils ont du déployer au fil du temps pour trouver, repérer la position
et cataloguer la côte. Des générations s'y sont employées. Outre la cartographie qui figure sur les cartes marines, il y a celle locale où les fonds ont été baptisés par les marins du cru.
Dans la recherche du poisson, dont ils connaissent les habitudes, selon qu'il préfère les fonds de sable ou de vase, la roche ou les fonds « mêlés » de gravier et de madrépores, c'est par la
ligne de sonde, dont le nombre de brasses est repéré et la base suifée du plomb, que les sédiments sont reconnus. Ici on pêchera des merlans, des lieux ou des soles, là des crustacés, à cet
endroit on pourra draguer sans risque de croches
Pour retrouver le point, jusqu'à une dizaine de milles au large, on peut se fier aux amers quand la visibilité est bonne. Autrement, il faut déterminer un cap, montre gousset en main, naviguer à
l'estime en fonction de la vitesse. Pas facile du temps des bateaux de pêche à voile, un peu plus aisé avec un moteur. En tous cas ils l'ont fait et aujourd'hui, grâce au G.P.S on va directement
dans les « deuxièmes vases », « dans le cul de sac » ou sur la roche de « l'encornât » au large de Saint Gilles Croix de Vie.
J'ai un ami, Maurice, le fils d' Israël CHEVRIER, l'homme qui fit construire en 1942 par le chantier THOMASEAU, un petit voilier qu'il baptisa au nez et à la barbe de l'occupant « Hope »,
Espoir....C'est lui, Maurice, qui me raconte la mer telle qu'il l'a vécue depuis sa plus tendre enfance. C'est lui aussi qui m'a raconté la pêche aux thons à bord du "Raymond Martine », les
journées de mauvais temps, la cape courante ou la fuite devant la tempête.
Le «Hope» est donc né sur les bords de la Vie,dans le chantier Thomazeau aujourd'hui disparu. La coque, qui mesure 9 m 84 de longueur de pont, pour 14 m de longueur hors tout, en a été dessinée pour en faire un bateau de travail, suffisamment large (3 m74) pour y œuvrer à l'aise, embarquer des casiers à homard ou autre. La voile aurique, avec un foc une trinquette et une voile de flèche, en assurent la propulsion. En ces temps d'occupation allemande, il était plus facile de trouver du vent que de l'essence pour faire tourner le moteur auxiliaire. Toujours à cause de l'occupant, il n' y a pas eu de baptême du navire. Celui ci a été mis à l'eau sans cérémonie. Pour le gréer c'est un sapin, à peu près rectiligne, trouvé dans la forêt de Saint Hilaire qui fit office de mât. Enfin le bateau fut armé. Le père CHEVRIER n'avait qu'une hâte, élargir ! L'armée allemande occupait Croix de Vie et la kommandantur était un point de passage obligé pour sortir vers le large. Le port était déclaré ouvert dès cinq heures du matin. Il était fermé par une chaîne en travers de la rivière dès que le soir tombait. Sous la surveillance des douaniers et des marins allemands, les bateaux devaient faire signer leur carnet avant le départ, puis accoster le ponton mouillé dans la rivière la Vie pour y subir la fouille. Tous les bateaux devaient être rentrés au port à la nuit tombée. Les retardataires risquaient de se faire tirer dessus s'ils se pointaient au-delà de l'heure de fermeture. De même, les marins n'avaient pas le droit de naviguer trop près de la côte. Des contraintes appliquées en 1944 sans trop de sévérité par les douaniers allemands, mais il y eu un ou deux jeunes types zélés qui furent vite repérés par les marins. La pêche était contrôlée et les quantités de poissons débarquées, notées chaque jour sur le carnet. Les marins giras cachaient la teneur exacte de leurs prises et les déclarations étaient souvent fantaisistes. Les allemands, de vieux réservistes dont des marins pêcheurs de la Baltique, n'étaient pas dupes. Ils disaient en riant, devant le peu de poissons déclaré, « Vous monsieur, aujourd'hui faire beaucoup promenade !
Vint le jour où le « Hope » fut prêt au départ, casiers à poste parés à être mouillés mais le précieux carnet n'était pas là. Il devait être délivré par la kommandantur des Sables d'Olonne. C'est donc Maurice, sur un vieux vélo, qui a été quérir le document auprès des autorités allemandes des Sables d'olonne. Dès son retour, le bateau appareillait pour sa première marée. Le père Israël CHEVRIER était un fin manœuvrier. Sur les fonds repérés, mouiller les casiers au bon endroit en n'utilisant que les voiles demande déjà de l'expérience. Les relever sous voile, en se plaçant sous le vent de la bouée pour saisir la hampe du pavillon, haler sur l'orin sans que celui-ci ne frotte sur la coque (ça faisait fuir les homards, disait-il) était autrement difficile compte tenu du vent, des courants, etc..... L'équipage, composé du père et de ses deux fils, était rodé et très performant dans la navigation et la quête de crustacés. Tous les trois ont usé beaucoup de suif pour graisser leur plomb de sonde et reconnaître leurs points de pêche, mais ils connaissaient tous les fonds entre l'île d'Yeu, St Jean des Monts et Bretignolles. A cette époque, il y avait abondance et parfois cinq homards gigotaient dans le casier plus un qui était resté perché sur le dessus et cherchaot à entrer dans le casier. Il se serait échappé si l'orin avait quelque peu touché la coque, imprimant des vibrations que la bête aurait vite interprétées. Le gréement restait fragile. Le père Ismaël n'avait que peu confiance en ce sapin qui faisait figure de mât. Aussi, quand Maurice pressé de rentrer au port demandait « On envoie la trinquette ? » le père, prudent, refusait en invoquant la fragilité du gréement.
Les marins étaient impatients de prendre la mer mais devaient respecter le couvre-feu. Les allemands n'étaient pas toujours ponctuels pour l'ouverture du port. Aussi, les équipages se
cachaient-ils à proximité dans les haies alentours pour embarquer dès que l'interdiction serait levée.
Dans la nuit du 15 août 1944, les navires anglais attaquèrent devant Bretignolles, le forceur de blocus « Tellus » (sperrbrecher SB157) accompagné par les dragueurs M 385, M 275, et d'un petit
pétrolier, le « Banka ». Le combat commencé à 5 h s'est terminé à 8 heures 30 et tous les bateaux ont été coulés ou se sont échoués. Le « Banka » a brûlé sur la côte de Sion, le «Tellus » s'est
échoué en feu devant la Parée de Bretignoles. Les dragueurs se sont échoués devant St Gilles et le Marais Girard. Dès les premières heures du combat, les allemands sont venus réveiller le
père Israël Chevrier, patron du canot de sauvetage de st gilles croix de vie. Le canot requis s'est porté au secours des naufragés. Les obus anglais pleuvaient sur cette petite flotte acculée à
la côte, mais le père CHEVRIER avait envoyer un grand pavillon français à la poupe du bateau de sauvetage, une protection bien éphémère pour lui et son équipage. Toute la population était
en émoi. Réveillés par la canonnade et par les fusées éclairantes anglaises, les habitants ont cru à un débarquement allié et de nombreuses familles se sont enfuies vers les marais pour y trouver
refuge. Inquiets pour leurs bateaux, de nombreux marins s'étaient réunis sur le port. Les allemands en bloquèrent les accès et exigèrent les papiers des hommes présents.
Tous les marins furent contraints d'embarquer sur huit des pinasses du port (dont la « Vigilante ») pour, eux aussi, se rendre sur les lieux du naufrage et participer au sauvetage. Des soldats
allemands en armes étaient embarqués sur les bateaux de pêche et accompagnaient les marins Giras. Maurice a été requis et c'est l'un des souvenirs de ses 17 ans, avec le trajet Croix de vie-Les
sables sur un vélo en mauvais état. Il se souvient d'avoir vu le « Tellus » en flammes, couler devant la Parée de Bretignolles. Il se souvient aussi d'avoir ramassé sur l'eau de nombreux
documents que l'équipage remis aux autorités. Les marins allemands des dragueurs étaient transbordés à terre à la Sauzaie par les pinasses, heureux d'être saufs mais les gendarmes allemands
postés à terre les faisaient immédiatement réembarquer. Ce sont encore les pinasses qui se chargèrent de ce travail. Après cette opération, le père CHEVRIER fut convoqué à la kommandantur
où il reçu les félicitations du commandement. La convocation dans cet endroit redouté n'avait rien de rassurant. Il n'en menait pas large mais fut bien vite rassuré. Il avait fait son devoir de
patron de canot dans le fracas des canons et les obus qui tombaient sur la côte. Il n'en tirait pas gloriole.
A Bretignolles, le pays était en émoi. Cinq bretignolais et leurs chevaux avaient été réquisitionnés dans l'après midi du 14 Août pour conduire du matériel aux Sables d'Olonne. Ils étaient
accompagnés par un sous-officier et quatre soldats. Régis FRUCHARD s'est souvenu de ce moment de l'occupation où les allemands se montraient particulièrement nerveux et l'a relaté dans un article
consacré à l'occupation de Bretignolles..
Le 20 septembre à 19 h 40, deux chalutiers armés allemands ont été pris à partie par l'aviation anglaise alors qu'ils sortaient du port des Sables d'Olonne. Ils transportaient des naufragés du «
tellus » du « Banka » et des deux dragueurs coulés devant Bretignolles. Les deux navires coulèrent après avoir été incendiés par les avions. De nombreux soldats ont été tués et leurs
cadavres sont venus s'échouer sur la côte
Fin septembre, les allemands évacuaient la région et les activités reprirent très vite.
Le « Hope » a continué de naviguer à la pêche jusque dans les années 1960. Propriété de la ville de Saint Gilles Croix de Vie depuis le 5 décembre 1988, il est inscrit aujourd'hui au patrimoine
maritime de la Vendée.
Nota:
. Un canot de sauvetage de la station de Saint Gilles Croix de Vie a porté le nom "ISRAEL CHEVRIER".