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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 18:32

equcipage-d-l-canadienne.jpgLa pinasse «  la Canadienne », un solide bateau de 16 mètres de longueur, armée  par des marins habitués des côtes devant Croix de Vie, pratiquait la pêche au chalut. L’équipage composé de gars du pays chalutait  dans l’ouest de l’Ile, sur des fonds que les marins nomment  la   « Carrière » et où ils allaient habituellement.

 Le  30 Mars 1941 au matin ils avaient quitté le port de Croix de Vie pour une marée de 36 heures, confiants dans l’espoir d’une marée abondante et sans histoire. Il est facile d’imaginer qu’en 1941 les prévisions météorologiques étaient très succinctes, basées plus sur l’expérience des anciens que sur des données précises. Le patron Alfred JOUBERT n’avait pas d’inquiétudes particulières quant au temps qu’il ferait le lendemain.

 A cette époque l’accès  du port était déjà fermé par une chaîne en travers de la rivière et ce, de la chute du jour à cinq heures le lendemain matin. En raison de ces contraintes imposées par l’occupant, bien des bateaux  partaient pour des marées plus longues afin de ne rentrer que le jour suivant, dès  l’ouverture du port.

Vers 21 heures, une tempête de suroît s’est brutalement levée  et les a surpris alors qu’ils étaient en pêche. D’après les marins de la «  Sainte paysanne », la mer s’est formée très vite et est devenue grosse dans la nuit. Les pinasses ont toutes pris la cape

 Ils n’étaient pas rentrés le lendemain matin comme prévu et l’anxiété s’est installée dans le port, d’autant plus que  d’autres bateaux de Croix de Vie,   « la paysanne », la « Joconde » et « La clairvoyante », qui  travaillaient dans les mêmes parages, avaient pu gagner l’abri de Port Joinville et rassurer leurs proches. L’inquiétude a très vite gagné toute la population et ce sont les îlas  qui apportèrent la triste nouvelle le 2 avril.

On suppose que l’équipage a tenté de se porter  vers l’île pour s’y mettre à l’abri. Pendant la guerre les feux qui signalent les dangers de la côte étaient tous éteints. La navigation en était que plus dangereuse. Sans repère sur la côte,  avec comme seuls outils, un compas et un plomb de sonde inutilisable par mauvais temps, sans moyens radio, les marins n’avaient pour eux que leur connaissance des lieux et une grande confiance dans la solidité de leur navire.

  On se perd en conjecture sur les raisons du naufrage. Sans doute se trouvèrent-ils déportés  par les courants et la dérive et vinrent-ils se briser sur les « Chiens Perrins ». Peut être ont-ils été victimes d’une panne de moteur, courante sur des moteurs à essence dont le carburant était plus ou moins bien filtré, qui les a faits dériver en travers des  lames jusqu’ aux redoutables récifs ? On devine leur calvaire quand, impuissants, ils se sont vus drossés vers la côte.

 Des débris en provenance de la pinasse avaient été découverts sur la côte ouest de l’Île d’Yeu. La montre du patron, que celui-ci maintenait pendue dans l’habitacle près de la barre, était encore accrochée aux fragments de bois  en provenance de la baignoire. Il n’y a pas eu de survivant.

            Cinq familles ont été endeuillées par ce naufrage. Alfred Joubert, le patron avait deux enfants, dont Georges embarqué et naufragé en même temps que lui. Il a laissé une veuve et une orpheline. Elie Chevrier, Jules Beneteau,  eux aussi étaient mariés et pères de famille. Roger Martineau, le mousse,  était le benjamin de l’équipage

Quant à Georges JOUBERT, il allait se marier. Les bans avaient été publiés, la fête programmée et toute la famille se réjouissait d’avance de cette fête qui n’aurait malheureusement  jamais lieu. Son corps fut découvert le 3 avril 1941  dans l’Anse du château avec, pas très loin de lui, le petit chien du bord,  noyé lui aussi.

      Quelques jours plus tard la mer rejetait sur la côte de l’île d’Yeu les corps  d’ Elie CHEVRIER, de BRAUD Lucien et de Jules BENETEAU.

            Ce n’est qu’un mois et demi plus tard que le corps d’Alfred JOUBERT fut découvert porté par les courants sur une plage de Bretignolles. C’est par la ceinture de flanelle portant ses initiales que fut formellement reconnu par les proches éplorés, le corps très abîmé du marin. Le corps de Roger Martineau fut retrouvé à Brétignolles quelques jours après le patron Joubert.

 

En raison de l’émotion  suscitée par ce naufrage, la préfecture de Vendée et le secours national avaient alors décidé de venir immédiatement en aide aux familles.

             Tant d’années après, le souvenir de ce drame est encore présent dans la mémoire  collective des vieux Gilocruxiens.

            Certes le port de Croix de Vie a connu bien des naufrages, d’autres drames de la mer, mais  celui-ci, par le nombre de familles endeuillées et les circonstances liées à l’occupation, a marqué profondément la population maritime du pays.

            Concorde, qui avait évoqué en 2007 le naufrage du «  Berger de l’Océan » survenu cinquante ans plus tôt, se devait de rappeler celui-ci.

 

Par giras
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