Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 14:55

le-dock-2.jpg

En 1945, l’Allemagne a concédé à la France, au titre des dommages de guerre, un dock flottant de grande capacité. (40.000 tonnes). Après quelques difficultés relatives aux imposantes dimensions de l’engin et ce, grâce à un temps relativement clément, une première partie de ce dock coupé en deux tronçons avait rejoint Cherbourg en Novembre 1947.

 

Le 31 Décembre de cette même année, la seconde partie de cet engin appareillait de Hambourg tractée par les remorqueurs de la marine nationale « HIPPOPOTAME » (1200 c.v) « MAMOUTH (1800 c.v), « IMPLACABLE » (1200 c.v), « INFATIGABLE » (1300cV).

 Le « HUEL GOAT » qui, de part et d’autres du dock, assurait les manœuvres d’évitement.

 

            L’officier en chef des équipages LECHOUX était responsable de l’ensemble.

 

Le «  LANSQUENET », un patrouilleur côtier (PC) cédé par les américains, assurait l’ouverture de route et la couverture militaire du convoi. Il était le seul à posséder un Radar.

 

Cette moitié de dock, longue de 125 m, large de 47 m et haute de 18, aussi haute qu’un immeuble de six étages, offrait un fardage très important. Ce ne fut pas une mince affaire que de tirer cette masse, d’abord dans l’Elbe, puis jusqu’au port de Cherbourg en cette période de l’année où le mauvais temps s’installe toujours.

Le tirant d’air de cette immense voilure imposait des efforts démesurés pour des remorqueurs qui étaient loin d’avoir la puissance requise pour cette mission. En outre, pour compenser la brise de suroit qui sévissait, ils naviguaient dépalés pour maintenir l’engin indocile dans le chenal. Nous étions en route depuis 12 h 30, lorsque vers 21 h 30 et que la neige tombait, le « MAMOUTH » talonnait et s’échouait sur un banc de vase. Le dock porté par le jusant, passait seulement à quelques mètres du bateau échoué et poursuivait sa descente vers l’embouchure. La remorque de l’ « HIPPOPOTAME » passait sous le bateau, déchirait le pavois et se brisait d’un coup sec. Par bonheur, la remorque du « MAMOUTH » avait tenu et l’équipage du dock, en catastrophe, réussissait à mouiller une ancre.

 

La marée continuant à baisser, le « MAMOUTH » toujours enchaîné au dock, prenait 15 à 20 degrés de gîte et s’appuyait sur l’ « HIPPOPOTAME », son frère de misère. Vers 2 heures du matin le flot montant remettait le remorqueur d’aplomb et le convoi reprenait sa route dans le brouillard qui succédait à la neige. Vers 4 heures du matin il fallut stopper devant Fribourg et le convoi resta bloqué quatre longs jours, soit jusqu’au 5 Janvier où la brume fut chassée par la tempête. Vers 21 heures, le mauvais temps  tourna à l’ouragan. La chaîne d’ancre du dock cassait au niveau de l’écubier et le monstre partait en dérive. De toute leur puissance, les remorqueurs tentaient vainement d’étaler cette dérive qui entraînait l’ensemble dans le lit du vent. L’ingénieur, commandant l’équipage du dock, faisait ouvrir les vannes des ballasts et la bête enfin domptée se posait sur le fond. Nous étions en face du phare d’Hallerverthen. Tout le convoi fit demi-tour pour regagner Hambourg afin de vérifier les dégâts sur le dock.

 

Le second départ eu lieu le 24 janvier 1948 et la descente de l’Elbe se fit sans histoire. Le 25 au matin nous étions au large de Cuxaven avec des remorques  de 400 mètres établies.

Il s’agissait de remorques en chanvre lesquelles n’ont rien à voir avec les remorques actuelles,   moins lourdes mais aussi plus résistantes. Roulant bord sur bord, le « LANSQUENET » ouvrait la route, mangé par la mer, souffrant terriblement dans le mauvais temps qui continuait à sévir. Dans ces années d’après guerre, les remorqueurs étaient équipés de moyens radios disparates récupérés sur les navires allemands.  Sur l’ « Hippopotame », nous disposions d’un récepteur à réaction très sensible provenant d’un sous marin. A cause de la dynamo, entraînée par la vapeur, les 110 volts continus du bord étaient soumis aux aléas très fluctuants de la pression. Le fonctionnement  du récepteur en était perturbé. Il « décrochait » constamment, rendant pénible la réception des signaux morses. Entre remorqueurs, la liaison s’effectuait en radiotéléphonie. A bord il existait encore, sur l’onde 500khz, un poste émetteur à éclateurs datant de 1905.  Sur le dock il n’y avait pas de moyens radioélectriques. Il communiquait pas signaux à bras ou flottants.

 

 Le 27, le « HUEL GOAT » en avarie de barre, était remplacé par l’ « OBSTINE » et l’ « ELEPHANT » (2000 cV) ralliait le convoi.

 

Au large des côtes allemandes la progression continuait vers le Sud, dans des chenaux étroits pratiqués dans les champs de mines pas encore complètement nettoyés. Jusqu’au 28 Janvier, le convoi s’est traîné à trois nœuds.

            Le « LANSQUENET » allant de bouées en bouées, relevait le convoi au radar puis en phonie renseignait l’officier des équipages LECHOUX, chef de convoi sur la position des bouées jalonnant les champs de mines.

 

Dans la nuit du 28 au 29, la mer s’est creusée et le dock s’est mit à tanguer, à embarquer terriblement. Drossé par le vent, il s’est mis en travers des remorques et à  reculer, entraînant derrière lui  les remorqueurs qui luttaient vainement. Tout le convoi remontait vers le nord en marche arrière. Pour calmer la « bête » récalcitrante, l’ingénieur le  coulait de quelques mètres en remplissant les ballasts. Il devenait moins volage et le  convoi se réfugiait en rade de Dungenès, sur les côtes anglaises.

 

Dans la nuit du 30 au 31 janvier, dans un grain, un cargo hollandais vint mouiller près du dock pour  s’y mettre un peu à l’abri. Mais terrorisé par cet immense tas de ferraille qui bougeait et le menaçait, il filait sa chaîne d’ancre par le bout et appareillait en catastrophe.

 

Vers deux heures du matin, les deux lignes de remorques venaient en travers et le dock mouillait une ancre. Le « LANSQUENET » mangé par la mer se réfugiait à Douvres. Le « MAMOUTH » et l’ « INFATIGABLE » partaient à Boulogne pour ravitailler en charbon. Le 31 Janvier au matin, la chaîne d’ancre du dock se brisait au ras de l’écubier. Le premier Février, la seconde chaîne du dock se brisait à son tour- deux ancres au fond en quelques heures. Le « HUEL GOAT » de retour, réussissait à passer une haussière vers l’équipage du dock et étalait tant bien que mal. Le 2 Févier la tempête redoublait de violence et la situation devenait intenable, tant sur le dock que sur les remorqueurs.

 

La gabare, « LA VICTORIEUSE », parvenait à passer au dock une ancre de 6 tonnes et 4 maillons  puis, le temps molissant, le convoi repartait.

 

L’attelage était ainsi constitué ; sur une ligne, « HUEL GOAT », « INFATIGABLE », et « HIPPOPOTAME » et sur l’autre ligne, « LA TARENTULE », « L’IMPLACABLE » et le « MAMOUTH ». En queue de convoi, « L’ELEPHANT ». Le 5 Février, les treuils de « L’IMPLACABLE » et de «  l’HIPPOPOTAME » cassaient. Celui de « l’INFATIGABLE » tombait en avarie. Avec des moyens de fortune, les boscos  réparaient et, vers 13 heures, c’était la remorque du « MAMOUTH » qui cassait à son tour. Le dock n’était plus remorqué que par l’ « HIPPOPOTAME » et l’ « IMPLACABLE ». La dérive vers l’Est s’amorçait et s’amplifiait. Nous n’étions plus maîtres de la manœuvre. Le dock, en réglant les ballasts, prenait 4 mètres de plus en tirant d’eau pour se ralentir.  L’ « ELEPHANT » tentait de lui passer une remorque. Tout près du dock qui embarde et menace à tous moments de lui défoncer la coque– il a fallu aux boscos 3 heures pour réussir à passer l’haussière neuve. Pour réorganiser le convoi, L’ « OBSTINE » et sa remorque passaient devant l’ « ELEPHANT »

 Le convoi pouvait se diriger sur SAINT VAST LA HOUGUE où il mouillait le 7 Février 1948 dans la matinée.

 

Deux jours plus tard, après un grain violent, le convoi mouillait en rade de CHERBOURGle-dock.jpg

Enfin le deuxième tronçon avait rejoint l’autre portion du dock pour reconstituer l’ensemble – un dock de 250 mètres de longueur susceptible de supporter le cuirassé « RICHELIEU ».

 

 

Par giras
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus