la mer, toujours recommencée
Comme un jardinier dans son potager, le marin giras connaît le moindre recoin de la mer devant la côte.
C'est un domaine dont il sait la nature de chacun des fonds. Du sable, des graviers, de la vase, là où les poissons viennent chercher leur nourriture ou bien frayer. Il s'y déplace avec la même facilité que les proies qu'il traque.
Certains fonds portent les noms de vieilles familles locales, comme la Roche à Bonneau, la Roche à Biron, la Roche à Isaac ou les Roches à Burgaud.
D'autres portent des noms de fantaisie, comme la Roche Pipi, le Trou Pouilloux. Il y a les Roches du Sapinier, les Cabanes, la Couline de Pineau, Les Mattes. Il y a aussi la Roche à l'Encornât, les premières et les deuxièmes vases, les cottelines, la Roche Tomate, le Trou Pompier, le Pied, le Trou Canard, les dix-huit brasses, tout un relief que les marins ont su repérer par l'utilisation de leur plomb de sonde, dont le cul est suiffé, et les amers repérés sur la côte.
Aujourd'hui, où il a plus de bateaux que de marins, le système G.P.S permet de retrouver tous ces points très facilement.
Vous qui lisez ces lignes, songez aux années et aux nombreux coups de sonde, qu'il a fallu donner pour établir les cartes sommaires où les amers figurent maladroitement dessinés et qui se transmettaient de père en fils. Le plomb de sonde, avec son alvéole remplie de suif , la montre et le compas étaient les seuls outils du marin. C'est le plomb de sonde, dont le suif remonte à la surface les éléments du fond qui renseignait le patron. Le suif était palpé, reniflé, examiné avec soins. Selon les résultats, sable, vase, gravier ou petits madrépores, le marin conaissait les hôtes qui fréquentaient les lieux. Aujourd'huii le sondeur tridimensionel perfectionné l'a remplacé.